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La Chronique Agora est une lettre e-mail quotidienne unique en son genre, mêlant informations sur la finance et l'économie, conseils d'investissement, réflexions sur la marche du monde, et bien d'autres choses encore. Découvrez tous les jours une analyse approfondie et impertinente de l'actualité financière et boursière. Rédigée par Philippe Béchade, Bill Bonner et toute leur équipe, La Chronique Agora distrait et passionne ses lecteurs depuis 2002.

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Dernières nouveautés du site Newsletter quotidienne de l'actualité boursière :

  • Selon Nouriel Roubini, une reprise en 'W' est tout à fait possible
    Par Jean Chabru Le moins que l'on puisse dire est que l'été aura été chaud... Alors que j'étais clairement dans le camp de ceux qui pensaient que la tendance baissière constatée sur les indices début juillet allait se renforcer durant l'été, c'est tout l'inverse qui s'est produit : depuis le 10 juillet, le CAC 40 a pris près de 25%... De là à dire que je me suis complètement trompé, il n'y a qu'un pas. Néanmoins, j'avais pris la décision de conseiller aux lecteurs de Small Caps Profits de rester investis en mettant des stops loss pour prévenir tout retournement. Une simple reprise technique ?Il n'en reste pas moins que je continue de rester très dubitatif sur l'ampleur de ce rebond. Si des signes de reprise sont perceptibles, la crise n'est pas finie. Il suffit pour cela d'interroger les patrons des sociétés qui travaillent dans l'économie réelle, ils sont loin d'être aussi enthousiastes que les investisseurs. La bouteille est aujourd'hui à moitié pleine et la reprise que nous constatons ne pourrait être que technique. La question que se posent aujourd'hui tous les observateurs est comment sera la reprise : en "V" ou en "W" ? De l'avis des économistes, le rebond inattendu du PIB en France et en Allemagne au deuxième trimestre serait le signe que nous sommes dans la première jambe du "W" et qu'une fois le rebond technique passé, la faiblesse structurelle de la demande pèserait encore sur l'économie en 2010. Le visage de l'avenir reste sombreL'économiste Nouriel Roubini -- qui je vous rappelle avait été l'un des premiers à prédire la crise -- distille un message certes moins pessimiste qu'il y a quelques mois mais toujours teinté de noir. Selon lui, le scénario d'une reprise en "W" apparaît le plus crédible et il prédit que le point bas en termes économiques sera atteint dans les économies développées au second semestre. Cela étant, "toute une série de raisons font que les économies avancées risquent d'enregistrer une croissance anémique, bien en dessous des niveaux historiques, pendant encore deux ans au moins". Et pour cet économiste, la première raison qui est "susceptible de créer un ralentissement de longue haleine : les ménages ont besoin de diminuer l'effet de levier et d'épargner davantage, ce qui provoquera une contraction à long terme de la consommation". Ensuite, le système financier -- banques et institutions non bancaires -- reste "dans un état grave". Pour s'en persuader, il suffit de se référer aux récentes annonces faites par Natixis qui va placer ses actifs toxiques estimés à 33 milliards d'euros dans une bad bank. Autre phénomène qui pourrait limiter la recovery de l'économie, "le crédit, dont la croissance manque de solidité, ne pourra alimenter ni la consommation ni l'investissement". "Troisième raison, les stocks excessifs constitués par les entreprises auront un impact négatif sur les profits, si la croissance reste anémique et si les poussées déflationnistes persistent. Résultat, elles sont loin d'accroître leurs dépenses d'investissement", souligne encore cet économiste. Last but not least, "les coups de levier qu'a donné le secteur public, par le biais d'énormes déficits budgétaires et d'un endettement permissif, menacent d'inhiber l'investissement privé. Les effets de ces mesures d'incitation se dissiperont d'ici le début de l'an prochain, et le secteur privé devra consentir de plus gros efforts pour soutenir la croissance". Et Roubini de conclure son analyse : "l'amélioration de l'économie réelle n'est probablement pas mûre pour les rebonds des marchés -- bourse, matières premières et crédit -- qui ont eu lieu dernièrement. Si tel est le cas, une correction ne devrait pas tarder". Si le pire est passé, nous sommes loin d'être sortis du tunnel comme semblent le penser les marchés actions mondiaux et ceux qui en vivent, à savoir les banques d'affaires. Restez prudent en investissant sur des valeurs sainesDonc je ne saurais que trop vous conseiller la prudence. Une prudence que j'applique évidemment dans ma stratégie de gestion en vous recommandant d'acheter deux sociétés dont les fondamentaux et la valorisation me semblent totalement décorrélés des fondamentaux, et surtout qui ont atteint un point d'inflexion, boursièrement parlant.[NDLR : Pour profiter des deux recommandations de Jean, découvrez son système de sélection d'actions -- mais n'attendez pas pour vous positionner : les seuils d'achat seront peut-être vite dépassés...] Meilleures salutations, Jean ChabruPour la Chronique Agora
  • Krach, rebond post-krach... et krach encore
    ▪ David Rosenberg : "Les données économiques tant aux Etats-Unis qu'au Canada se sont améliorées et, dans leur majeure partie, ont dépassé les attentes. Il y a toutefois un dilemme : les valorisations boursières ont dépassé de loin les fondamentaux. En dépit de la tentation de se lancer dans un rally 'nourri par les liquidités'... elles ne peuvent durer sans une expansion économique organique solide. Le problème, c'est que l'économie mondiale en général, et l'économie américaine en particulier, fonctionnent grâce à une telle quantité de médicaments qu'il est difficile de faire un examen correct du patient en ce moment. Tout ce que nous savons, c'est que les marchés semblent avoir très rapidement pris en compte l'équivalent de trois années de reprise". "Le S&P 500 a désormais repris plus de 60% par rapport à ses planchers, ce qui est absolument extraordinaire, et je tire mon chapeau à ceux qui l'avaient vu venir. La question est de savoir si les fondamentaux parviendront à rattraper ces niveaux de valorisation -- généralement, après un rebond de 60%, on est pleinement entré dans le cycle économique suivant. Jamais encore on n'avait vu le marché tant grimper sur une si courte période ; en général, à ce stade, l'économie a déjà créé plus d'un million de nouveaux emplois -- durant cette évolution extrêmement tape à l'oeil, les Etats-Unis ont supprimé 2,5 millions d'emploi (autant que nous en avions perdu durant l'intégralité de la récession de 2001). Les marchés grimpent. L'économie coule. Elle ne coule pas aussi rapidement qu'avant. Mais elle sombre malgré tout. Mois après mois, le nombre de personnes sans emploi augmente. Même Paul Krugman pense que le chômage n'atteindra pas son sommet avant 2011. Et les prix des maisons ? Difficile de voir ce qui se passe. Comme le dit Rosenberg, le patient est dopé à tel point qu'il n'est pas possible de poser un diagnostic. Tout de même, il n'a pas l'air en forme. Des millions de prêts hypothécaires n'ont pas encore été mis à l'oeuvre. Intérêts seuls... Alt-A... prêts commerciaux... et même prêts prime. Tous sont confrontés à des ajustements de taux... et des refinancements... avec des nantissements dont les prix ont perdu 20%-30%-40%. Comment refinancer lorsqu'on a la tête sous l'eau ? ▪ Revenons aux bases. Tout se passait plutôt bien. De 1945 à 2007, les dépenses de consommation et le crédit ont augmenté. Tant que les prêteurs voulaient prêter... et que les consommateurs étaient prêts à s'endetter plus encore... l'économie se développait. Vers la fin, les choses sont devenues un peu folles. Puis tout a explosé. Comme prévu, les autorités se sont précipitées pour sauver la situation. Mais elles n'ont qu'une seule stratégie : ajouter plus de cash et de crédit. Ca fonctionne toujours... jusqu'à ce que ça ne fonctionne plus. Ce qui est arrivé en 2008. Les banques ne veulent pas prêter sur des prix immobiliers en chute. Et les consommateurs ne veulent pas emprunter lorsque leurs revenus baissent. Donc... fin de l'expansion du crédit à la consommation. Il faut faire avec. Mais les autorités n'abandonnent pas. Avec leur aide, les marchés ont rebondi. Bien entendu, les rebonds sont l'une des caractéristiques les plus fiables d'une économie de marché. Un rebond de 50% du Dow -- à peu près équivalent au rebond qui a suivi 1929 -- mènerait l'indice à 10 300. Nous n'y sommes pas encore. ▪ Il n'y a donc rien d'inhabituel ou d'inattendu dans la situation actuelle. Les marchés ont fait ce qu'ils sont censés faire. Les autorités ont fait ce qu'elles sont censées faire. Et maintenant ? Ah, cher lecteur... si seulement nous connaissions la réponse à cette question... Nous entrons en territoire inconnu... terra incognita... Jamais encore on n'avait eu un système monétaire international basé purement sur le papier. Et jamais encore il n'avait été géré par des gens qui pensent pouvoir forcer le marché à faire ce qu'ils veulent. Ils sont convaincus qu'ils peuvent éviter la situation du Japon -- où l'économie s'est traînée durant 20 ans -- en ajoutant plus de cash et de crédit. Bernanke a déclaré qu'il en larguerait par hélicoptère si nécessaire. Il n'y a qu'un seul problème... Bernanke peut provoquer l'inflation... mais seulement jusqu'à ce que les Chinois lui disent d'arrêter. Lorsque les Chinois décideront d'éteindre le marché obligataire, la fête prendra fin. Voilà pourquoi les hélicoptères sont encore au sol. Et c'est pourquoi ils ne décolleront que lorsque la situation deviendra désespérée. En attendant, nous attendons l'ordinaire... c'est-à-dire la fin ordinaire à un rebond post-krach. Elle viendra avec un autre krach. Puis un autre. Puis un autre encore. Jusqu'à ce que les actions atteignent leur vrai plancher... et que les illusions de l'ère de bulle soient enfin toutes écrasées.
  • A Pittsburgh, le G20 laisse les marchés indifférents
    ▪ No stress... Voilà l'expression qui résumait le mieux le sentiment général sur les marchés en fin de semaine dernière. Durant cette séance des "Quatre sorcières", tous les débouclages d'opérations à terme se sont déroulés sans anicroche, dans une ambiance parfaitement sereine. Les cours de Bourse se sont montrés d'une singulière sagesse : la volatilité était inférieure à 1%, ce qui permet à l'indice VIX d'inscrire de nouveaux planchers annuels. Le CAC 40 a terminé en léger repli de 0,2% mais a établi vendredi vers 15h30 un nouveau plus haut annuel à 3 853 points ; cela conforte l'hypothèse dune continuation de la hausse. Le bilan du troisième trimestre et des six derniers mois écoulés est d'une parfaite limpidité : +20% en trois mois et +50% depuis le plancher du 9 mars... huit semaines de gains sur une série de 10... +8% depuis le 8 septembre sans aucun repli intermédiaire... et +2,5% sur l'ensemble de la semaine. C'est un sans-faute, et le mouvement de reprise est d'une perfection quasi mathématique. Cela tranche singulièrement avec l'état de l'économie réelle et les interrogations au sujet de la poursuite du redressement de l'activité. Rappelons que les états occidentaux n'ont plus les moyen ni la volonté de mettre en place de nouveaux plans de soutien. Tous les oscillateurs techniques finissant au bout de quelques jours ou quelques semaines par prendre une orientation uniformément positive, le diagnostic devient tout aussi invariablement haussier. Existe-t-il encore une psychologie sous-jacente à analyser dans un système de prédictions auto-réalisatrices ? Comment un retournement de tendance pourrait-il se dessiner assez furtivement pour qu'il ne déclenche pas aussitôt un raz-de-marée de ventes, tous les opérateurs constatant la même rupture au même moment ? Il en a été de même à la hausse avec le déclenchement en cascade de "stops-achat" depuis début août. Tous les programmes de trading, paramétrés de façon identique, déclenchent les mêmes opérations au même moment, pour les mêmes motifs "techniques". Cette affirmation n'est pas gratuite. Elle constitue un résumé de l'avis des participants au Salon du trading de Paris. Le constat d'une uniformité des pronostics est tout aussi troublant mais il illustre parfaitement le mot d'ordre général : "suivez la tendance". ▪ Les plus grandes banques d'affaires faisant travailler l'argent pour compte propre appliquent la même stratégie. De leur côté, les gérants value n'ont d'autre choix que d'accroître leur exposition sur les actions pour éviter que leurs placements défensifs ne plombent leur performance globale. Etant donné ces deux facteurs, la spirale haussière se perpétue de la même façon qu'un réacteur fonctionnant grâce à l'auto-allumage ne s'éteint qu'une fois qu'il est à court de carburant. Si le pilote de l'avion a de la chance et qu'il bénéficie d'une bonne visibilité, il peut espérer planer encore un peu et se poser sans casse. S'il vole de nuit par temps de brouillard, au milieu des montagnes de problèmes budgétaires et économiques... le vol risque de s'interrompre brutalement. Mais pour les marchés, la logique consiste à considérer que tant que l'accident n'est pas survenu, la meilleure occurrence est qu'il ne se produise pas, la minute précédente garantissant mathématiquement le bon déroulement de la suivante. ▪ La Chine participe elle aussi à cette logique de dupes. Chaque bon du Trésor qu'elle achète auprès de la Fed garantit qu'elle se préoccupe de préserver la valeur des dollars qu'elle détient. Ce qui était vrai du couple sino-américain hier le sera encore demain... à moins qu'elle ne change d'avis, mais tous les calculs probabilistes indiquent que ce ne sera pas le cas. Pékin adresse depuis quelques jours des coups de semonce aux Etats-Unis ; elle arbitre également le dollar (1,472/euro) contre d'autres devises (euro, dollar australien, real brésilien) et d'autres actifs (or, pétrole). En faisant glisser le dollar de façon ordonnée, elle accroît simultanément la compétitivité du yuan, très étroitement arrimé au billet vert. Cela se fait au détriment de l'Eurozone et d'autres pays possédant des monnaies mieux rémunérées. La faiblesse du billet vert n'a pourtant guère troublé les investisseurs. Ils ont continué de payer toutes les bonnes nouvelles, toutes les rumeurs et toutes les révisions de recommandations d'analystes à la hausse. A noter que ces dernières sont incroyablement nombreuses depuis la rentrée. Aucune statistique n'a été publiée aux Etats-Unis vendredi. Cet environnement neutre s'est ressenti à Wall Street puisque les principaux indices américains stagnaient à mi-séance après le pic éphémère des premières minutes de cotations. ▪ Ce week-end s'est également déroulé le sommet du G20 à Pittsburgh. Il paraît pratiquement acquis que les rodomontades adressées aux banques et les menaces de limitation des bonus ne sont que des effets de manche. Les plus cyniques affirment qu'il s'agit carrément d'un écran de fumée destiné à masquer un fait essentiel : les participants sont incapables de s'entendre sur les réformes indispensables du système économique nécessaires pour que l'argent institutionnel ne continue d'être irrésistiblement aspiré par les trous noirs de la finance que sont les paradis fiscaux. La chasse aux fraudeurs (et les fameuses listes de 3 000 noms) procède du même état d'esprit. Il s'agit de faire trembler les lampistes afin que les entités multinationales continuent impunément de se soustraire au fisc de leur pays d'origine. D'un côté, les enjeux se chiffrent au mieux en millions d'euros, de l'autre en centaines de milliards. Les gouvernements peuvent se permettre de se fâcher avec les premiers (c'est une opération gagnante vis-à-vis de l'opinion publique)... mais il est beaucoup plus délicat de mécontenter les autres, qui ont les moyens de faire et défaire les carrières politiques.Autres articles sur le même thème : VIX bas, S&P 500 élevé : la fin du rebond pourrait être proche
  • Les arguments en faveur de l'or à court terme
    ▪ Pendant la plus grande partie de ces quarante dernières années, le prix de l'or a veillé sur les politiques monétaires. Le prix de l'or a alerté les investisseurs de la menace potentielle de l'inflation. Et si l'on en croit le récent mouvement des prix du marché de l'or, cette sentinelle ne s'est pas endormie. Au cours des dernières semaines, l'or a augmenté de près de 10% pour dépasser les 1 000 $ l'once. Mais notre histoire commence réellement à la fin des années 1960, au moment où le dollar américain a baissé par rapport au niveau de l'or. Avant ça, le prix de l'or était fixé à 32 $ l'once et les banques centrales étrangères pouvaient librement convertir les dollars qu'elles avaient accumulés en or. Les Français ont pensé qu'il s'agissait là d'une bonne affaire ; ils ont échangé contre de l'or tous les dollars qu'ils ont pu trouver. Cependant, le président Nixon s'est vite rendu compte que ce commerce n'était pas très avantageux pour les Etats-Unis. Alors, en août 1971, il a mis un terme à la convertibilité de l'or. Sans ce lien gênant et contraignant à l'or, les Etats-Unis ont découvert les plaisirs d'une politique monétaire insouciante : imprimer des dollars pour payer ses dettes. L'inflation a immédiatement grimpé, comme le prix de l'or. Quelques années seulement après que Nixon ait mis fin à la convertibilité de l'or, l'inflation est passée à un nombre à deux chiffres et le prix de l'or a explosé pour atteindre les 800 $ l'once. Mais ensuite, le "chien jaune" a décidé de faire un somme. Il a dormi pendant la plus grande partie des années 80 et 1990, pendant que l'inflation monétaire restait relativement stable. A la fin des années 1990, le prix de l'or était retombé à près de 250 $ l'once. Il n'a fait que grimper progressivement depuis. Le mouvement initial de 250 $ à 450 $ entre 2000 et 2004 n'était pas vraiment inquiétant, mais les rebonds de l'or de ces dernières années sont plus alarmants, d'un point de vue monétaire. En d'autres termes, l'or est dans un marché haussier parce que l'inflation est dans un marché haussier. ▪ Le rebond de l'or le plus récent semble particulièrement intriguant -- et inquiétant -- au vu des quantités de liquide que le Trésor et la Réserve fédérale ont mobilisées dans la crise financière. De différentes façons et par différents moyens, les institutions monétaires du pays ont mis au monde des milliers de milliards de dollars qui n'existaient pas avant que Lehman Bros. ne fasse faillite. Autrefois, des activités de ce genre auraient entraîné une tendance inflationniste inévitable et de très grande envergure. Nous prévoyons que ce ne sera pas différent aujourd'hui. C'est du moins ce que nous dit le prix de l'or. Les arguments en faveur de l'or à court termeLa plupart des entreprises d'extraction d'or ont juré de renoncer à la pratique qui consiste à hedger leur production. Par conséquent, les initiés achètent... et c'est généralement un signe haussier. "La taille du hedge book de l'industrie aurifère va certainement se réduire à un résiduel de moins de 200 tonnes d'ici la fin de l'année 2010, le plus bas niveau en près de 25 ans", a récemment annoncé le Financial Times. "Cette réduction représente une chute de 95% par rapport aux 3 000 tonnes d'il y a 10 ans". La position haussière de l'industrie minière n'est qu'un vote de confiance en plus dans l'appel à investissement à long terme dans le secteur de l'or. Pendant ce temps, les actions des entreprises d'extraction d'or envoient un signal d'achat à court terme totalement irrésistible. Depuis la fin du mois de juillet, les actions des entreprises d'extraction d'or, représentées par l'indice HUI, ont grimpé de plus de 30%, alors que le prix de l'or n'a avancé que de 10%. Comme l'illustre le graphique ci-dessus, les rebonds de 30% du HUI, quand ils sont rapides, tendent à être de bon augure pour le prix de l'or. Les cinq premières fois où le HUI est remonté de plus de 30% dans un laps de temps restreint, le prix de l'or a grimpé en moyenne de 27%. Une remontée de cette ampleur en ce moment ferait grimper l'or à 1 160 $ l'once d'ici Noël -- soit près de 140 $ au-dessus du prix actuel. Un rebond de ce genre n'est pas certain, évidemment. Mais les étoiles monétaires semblent être en train de s'aligner pour une remontée du marché de l'or, à la fois sur du court et sur du long terme.[NDLR : Les meilleures minières... et, en ce moment, des gains latents de l'ordre de 57,82%, 28,57%, 27,56% en portefeuille... qu'attendez-vous pour vous positionner à votre tour avec nos spécialistes de l'or ? Il suffit de continuer votre lecture...]
  • L'or en hausse
    [NDLR : Françoise Garteiser étant occupée à refaire le monde économique et financier en compagnie d'une grande partie des rédacteurs Agora, nous vous laissons découvrir un essai de Bill Bonner paru dans le magazine MoneyWeek... et particulièrement d'actualité en ce moment !] L'or a une nouvelle fois passé la barre des 1 000 $ cette semaine. Pour de bonnes raisons... mais peut-être également pour de mauvaises. Cette semaine, notre tâche consiste à séparer le bon grain de l'ivraie. La presse a attribué la hausse de l'or à des causes bénignes. La fin du monde semble avoir été repoussée -- indéfiniment. Lors d'un sondage, Bloomberg rapportait que selon la grande majorité des personnes interrogées, l'économie mondiale est en train de se remettre. Puisqu'ils ne craignent plus le diable de la déflation, les investisseurs pensent être dans les bras des anges. De toute évidence, Ben Bernanke veille sur eux durant leur sommeil. Même le président des Etats-Unis est persuadé d'avoir sauvé le pays. Quant à Tim Geithner, il ne laisse rien au hasard : il chante ses propres louanges. Lors d'un discours au G20, il a félicité tout le monde : "... confronté au plus grand défi pour l'économie mondiale depuis des générations, le G20 s'est rassemblé à Londres et s'est engagé dans un programme de mesures politiques sans précédent destiné à restaurer la croissance et réformer le système financier international. Ces actions ont éloigné l'économie mondiale du bord du précipice. Le système financier montre des signes d'améliorations. La croissance est désormais en chemin". Les actions sont en hausse. Les matières premières aussi. Le pétrole est au-dessus des 70 $. Encore plus encourageant, le rendement du bon du Trésor américain n'est qu'à 3,47%. Alors quels maux poussent les investisseurs à chercher refuge dans la sécurité de l'or ? Aucun, disent les journaux ; les investisseurs achètent de l'or en anticipation des jours meilleurs. Ils voient une reprise qui amènera avec elle un resserrement de l'offre et une augmentation de la demande. Tous les économistes, investisseurs et garçons-coiffeurs savent ce que cela veut dire -- de l'inflation. Mais si la croissance est en route, les investisseurs devraient se réjouir de ce qu'elle ne soit pas plus virulente. Les indicateurs de progrès économique réel sont négatifs. L'emploi ne grimpe pas ; il chute. Près de sept millions d'Américains ont perdu leur emploi depuis que la récession a commencé. En Californie, seuls trois habitants sur cinq en âge de travailler ont un emploi. Et ceux qui ont encore un poste font les heures de travail les plus courtes jamais enregistrées. Comment l'économie peut-elle se développer alors qu'il y a moins de gens gagnant de l'argent ? Le New York Times a tenté d'expliquer cette énigme en la baptisant "reprise sans emplois". Mais une reprise sans emploi ne nous semble guère satisfaisante, un peu comme un mariage sans amour ou un hamburger sans calories. Autre indicateur clé : les dépenses personnelles. Sans surprise, elles sont en baisse aussi. Aux Etats-Unis, les dépenses personnelles ont chuté sur quatre des six derniers trimestres -- une chose qui ne s'était encore jamais produite depuis qu'on a commencé à suivre les chiffres en 1947. Le niveau de dépenses de consommation est en baisse de 33% par rapport à la même époque l'an dernier -- tandis que les dépenses superflues sont revenues à un niveau qu'on n'avait plus vu depuis 50 ans. Les consommateurs ne dépensent pas en partie parce qu'ils n'ont pas d'argent... et en partie parce qu'ils utilisent l'argent qui leur reste à soulager la migraine causée par leurs précédents excès. Cette semaine, on apprenait qu'en juillet, ils ont réduit leurs dettes de plus de 21 milliards de dollars -- plus de quatre fois le chiffre prévu par les économistes. On parle là bien entendu des économistes qui font le trottoir pour Bernanke & Co. S'ils ont raison, c'est une reprise sans emplois et sans dépenses qui fait grimper le prix de l'or. Nous offrons une autre interprétation -- et pour cela, nous commençons par remettre en question celle qui est proposée actuellement. Selon les idées reçues, plus une reprise semble concrète, plus les investisseurs craignent l'inflation. Cela les pousse à acheter de l'or. Bien entendu, cela devrait aussi les conduire à vendre les bons du Trésor américain -- ce qui ne s'est pas produit. Et l'inflation n'a pas grimpé non plus. Si ce point de vue est correct, nous devrions commencer à voir des changements de la part de la banque centrale américaine. La Fed devrait bientôt commencer à retirer ses stimulants monétaires, replaçant l'économie dans une sorte de normalité qu'elle n'a pas vue depuis des années. Le risque -- et il n'est pas négligeable -- est de voir les économistes de la Fed se tromper. Ils pourraient assouplir leur politique monétaire trop lentement ou trop rapidement. Lorsqu'on l'a interrogée sur la question, Janet Yellen, président de la Fed de San Francisco, a promis d'éviter l'erreur de 1937 : elle ne "resserrera pas la politique trop prématurément, étouffant la reprise". Les haussiers de l'or comptent sur elle. Et les Chinois -- qui ont le plus à perdre -- sont acheteurs aussi. "L'or est sans aucun doute une alternative", a déclaré M. Cheng Siwei, de la République populaire chinoise, "mais lorsque nous achetons, les prix grimpent. Nous devons agir avec prudence afin de ne pas stimuler le marché". Les haussiers de l'or ont peut-être raison. Mais dans ces colonnes, nous avons une nuance à ajouter. Nous ne sommes pas surpris par les erreurs occasionnelles de la Fed. Ce qui nous étonne, en revanche, ce sont les rares succès accidentels. Il faudrait un miracle pour que les banquiers centraux trouvent exactement le taux dont les marchés ont précisément besoin, au moment le plus opportun. L'erreur de 1937, par exemple, a peut-être aidé les marchés. Elle a accéléré le processus de liquidation. Au moins la voie était-elle dégagée lorsque le boom d'après-guerre est enfin arrivé. Peut-être aurons-nous de la chance : la Fed pourrait faire la même erreur cette fois-ci. C'est peu probable. La reprise actuelle, basée sur de l'argent brûlant fourni par les autorités, est une fraude. Elle ne provoquera pas l'inflation -- en tout cas pas de sitôt. Lorsque cela deviendra clair, les matières premières couleront -- ainsi que les actions... et l'or. Les banques centrales, ignorant allègrement la futilité de leurs programmes monétaires jusqu'à présent, injecteront encore plus d'argent. Toutes ces liquidités finiront enfin par générer de l'inflation, et l'or "entrera en fusion". Les haussiers de l'or auront plus raison qu'ils le pensent. Mais ils auront peut-être d'abord tort. Meilleures salutations, Bill BonnerPour la Chronique Agora
  • Que faire si vous ne possédez pas d'or ?
    ▪ L'or a décollé. A la Chronique Agora, nous sommes impressionnés. Mais pas si impressionnés que ça, tout de même. L'or représente la moitié de notre Transaction de la Décennie... que nous avons annoncée il y a près de 10 ans. Nous sommes haussiers sur le métal... nous le sommes depuis très longtemps. Mais les lecteurs semblent se demander ce qui se passe... nous prenons donc quelques minutes pour clarifier la situation. Pour commencer, nous espérons que vous avez acheté de l'or il y a de nombreuses années. Cela simplifierait les choses. Dans ce cas, nous pourrions vous dire : conservez ! L'or est un antidote au papier. Il y a une telle quantité de papier -- présente et à venir -- que jouer l'or semble être un pari gagnant. On parie sur le fait que le système monétaire en place depuis août 1971 va s'effondrer. Nous pensons toujours que c'est un bon pari. Notre Transaction de la Décennie reste intacte. Achetez l'or durant ses creux, vendez les actions durant les rebonds. Jusqu'à présent, ça se passe bien -- nous nous y tiendrons pendant encore quelque temps. Mais si vous ne possédez pas d'or ? Le métal jaune a dépassé les 1 000 $. On dirait même qu'il s'agit d'un nouveau niveau de support pour le métal -- en majeure partie grâce à la Chine. Cette dernière a relativement peu d'or dans sa banque centrale. Elle doit voir ce que nous voyons -- la faiblesse du dollar et du système monétaire basé sur le dollar. Elle doit s'inquiéter de la valeur des actifs américains qu'elle possède à hauteur de 2 000 milliards de dollars. Elle doit également se poser des questions sur la manière dont elle gérera son économie si le dollar s'effondre. Les Américains étaient ses consommateurs de premier et dernier recours. A qui la Chine vendra-t-elle si la devise de ses clients les plus importants perd toute valeur ? De récents commentaires des autorités chinoises font clairement apparaître qu'elles réfléchissent à tout ça... et qu'elles ont décidé d'ajouter plus d'or à leurs réserves. En fait, toutes les banques centrales sont devenues acheteuses nettes. Terminé, les ventes de réserves d'or. On considère désormais ça comme une arnaque -- et c'est bien le cas. Remplacer de l'or par du papier ? Mais à quoi pensait-on ? La Chine est donc acheteuse. Le problème, c'est qu'elle doit être discrète. Elle a trop d'argent. Cela pourrait faire grimper le cours du jour au le demain -- et la Chine payerait alors trop cher. Peut-être fait-elle la même chose que nous -- elle achète pendant les creux ! Nous ne savons pas quelle est la stratégie des Chinois... mais ils seront probablement de gros acheteurs dans les prochaines années. ▪ Devriez-vous acheter en même temps que les Chinois ? Bonne question. Malheureusement, nous n'avons pas de bonne réponse. Alors essayons une question différente : l'or est-il en hausse ou en baisse ? La réponse est plus simple : l'or est en hausse... puis en baisse... puis à nouveau en hausse. Il est en hausse parce que les autorités -- en Chine également -- encouragent la spéculation. Il baisse ensuite lorsque la phase suivante du marché baissier commence et que les spéculateurs courent se mettre à l'abri. Ensuite, il remonte... bien plus haut et bien plus vite... lorsque la Fed, à bout de ressources, finit par perdre la tête -- et le dollar. Nous sommes certain que cette dernière étape arrivera. Notre seule hésitation concerne le fait que ça prendra plus longtemps que nous le pensons. L'or peut monter durant une déflation... mais il grimpe en flèche dans une période d'inflation. Cette période est peut-être encore loin. Les autorités ne peuvent pas ressusciter l'économie de consommation. En dépit de tout ce qu'on lit... l'économie de consommation va probablement boiter pendant encore de nombreuses années. Pas de boom des dépenses de consommation = pas d'inflation. "Les ventes au détail américain augmentent alors que l'économie se renforce", annonce un titre de Reuters. N'en croyez rien. Entre les ajustements saisonniers et les subventions gouvernementales, les chiffres des ventes au détail n'ont aucun sens. La vérité, c'est qu'il n'y a que peu -- voire pas du tout -- de véritable amélioration organique de l'économie. Les plus grandes banques ayant obtenu de l'argent des renflouements fédéraux, par exemple, ont réduit leurs prêts durant six mois consécutifs. Mais les autorités peuvent stimuler la spéculation. Le dollar est devenu la devise du carry trade. Les grands investisseurs empruntent en dollars... et utilisent l'argent pour spéculer -- contre le dollar ! Ils achètent de l'or. Ils achètent des obligations brésiliennes. Ils achètent des futures sur l'aluminium. Ils achètent des actions. La fête post-krach semble bien se passer. Elle pourrait se poursuivre. Mais les problèmes sous-jacents de l'économie réelle n'ont pas été corrigés. Ils réapparaîtront comme des zombies dans un mauvais film d'horreur, mettant fin à la fête. Sans le soutien des Chinois, l'or chutera probablement comme le reste. Ce qui nous ramène à la question que nous avons évitée en début de chronique. ▪ "Papa, je viens de gagner 2 000 $ en quelques jours... sur ma transaction aurifère. Mais je suis un peu nerveux... est-ce que je devrais vendre ?" Jules vient de sortir de l'université. Il investit sa maigre épargne dans le but de se constituer un capital suffisant pour lui permettre de rester sans travailler durant un : il pourrait ainsi se concentrer sur la carrière de musicien-compositeur. "Jules... je n'en sais rien", avons-nous répondu. "Mais tu es jeune. Tu peux te permettre de spéculer. Si les choses se passent comme tu le veux, tu gagnes de l'argent. Si non, tu auras appris quelque chose... et tu auras du temps pour t'en remettre". "Il semblerait que la fête de l'or va continuer. Si j'étais toi... je conserverais pendant un peu plus longtemps". Notre recommandation à un homme de 21 ans n'est pas la même qu'à un homme de 60 ans. L'homme plus âgé aurait droit à un conseil plus âgé : "Ne jouez pas toute votre richesse sur le marché de l'or", lui dirions-nous. Un homme plus âgé a besoin d'or. Mais il en a besoin comme assurance... comme réserve contre les catastrophes... comme forme d'épargne. Il devrait acheter. Il devrait conserver. Il devrait se renforcer durant les creux. Mais il ne devrait pas spéculer sur une hausse des prix... ni risquer son capital en jouant sur le marché de l'or. Selon toutes probabilités, après ce mini-boom spéculatif, le prix de l'or va baisser. De combien ? Jusqu'où ? Pendant combien de temps ? Bien entendu, nous ne connaissons pas la réponse à ces questions. Nous n'achetons pas en ce moment. Mais nous sommes déjà positionné sur l'or. Nous nous renforcerons -- lors du prochain grand recul des cours.[NDLR : L'or, ce n'est pas que le métal physique... il y a aussi les ETF, les pièces -- et les minières ! Nos positions en portefeuille enregistrent à l'heure où je vous écris des performances latentes de l'ordre de 42,17%, 36,54% ou encore 47,03%... mais c'est loin d'être terminé ! Pour en profiter à votre tour, continuez votre lecture...]
  • Tectonique des plaques boursières
    * Chaque soir, votre chroniqueur californien et son ours en peluche s'endorment sur l'extrémité ouest de la plaque tectonique nord-américaine. Depuis son porche, votre chroniqueur pourrait jeter un caillou et toucher l'extrémité est de la plaque tectonique pacifique. En théorie, ces deux énormes formations géologiques pourraient -- brusquement et sans avertissement préalable -- engloutir votre chroniqueur (et son ours en peluche) et sauver le monde des futures publications de la Chronique Agora. Pourtant, cette possibilité n'a jamais empêché votre chroniqueur de dormir comme un bébé. Il songe plutôt à la façon dont les petits changements progressifs peuvent produire des résultats spectaculaires. Les petits changements sur le long terme peuvent transformer un ruisseau en Grand Canyon ; ou un panier de grappes de raisin en un Bordeaux délicieux ; ou une simple amitié en grand amour. En d'autres termes, les petits changements peuvent parfois produire des petits miracles. Par exemple, grâce à des petits changements qui se produisent au fil du temps, sur terre plus rien n'est là où il était avant. Les plaques tectoniques, comme prises d'une sorte de bougeotte géologique, ne cessent de se déplacer d'un endroit à un autre. Il y a quelques milliards d'années, les autochtones qui vivaient en Ecosse auraient pu placer leur balle de golf préhistorique sur un tee planté n'importe où sur l'actuel terrain de golf de Saint-Andrews, en bord de mer, pour ensuite faire un beau swing avec leur club de golf préhistorique... et leur balle aurait atterri en Norvège. Aujourd'hui ce même coup enverrait votre balle en plein dans la mer du Nord. * Le monde serait tellement différent si les plaques tectoniques étaient restées là où elles étaient ! Tellement différent... et tellement ennuyeux. Si les plaques tectoniques ne s'étaient jamais séparées, la planète n'aurait peut être jamais connu cette diversité de faune, de flore, et de philosophies. Mais les plaques se sont séparées... et tandis qu'elles s'éloignaient les unes des autres sur la surface de la terre, elles ont développé leurs propres identités bien distinctes. La plaque antarctique a formé des calottes glaciaires et des glaciers, tandis que la plaque sud-américaine se couvrait de forêts vierges. Et la plaque arabique, sûrement la plus futée de toutes, n'a fait que se couvrir de sable, année après année -- sans jamais laisser deviner que, sous la surface de ce sable, elle était aussi occupée à transformer des cryptosaures en pétrole brut. Oui, cher investisseur, les petits changements qui se produisent au fil du temps peuvent donner des résultats spectaculaires -- pour le meilleur ou pour le pire. Il fut un temps, à l'époque où les habitants de la plaque nord-américaines et la plaque eurasienne cassaient encore le pain ensemble (ou des brindilles, ou du blé, enfin, ce qu'ils pouvaient casser ensemble), tous utilisaient certainement les mêmes assaisonnements et les mêmes accompagnements pour leur nourriture (par exemple : du ptérodactyle frit). Mais après plusieurs milliards d'années -- et quelques milliers de kilomètres de dérive des continents -- les habitants de ces deux plaques ont des pratiques culinaires très différentes. Sur la plaque eurasienne, on peut parfois trouver au menu du foie gras, du canard à l'orange et du champagne. Mais sur la plaque nord-américaine, on trouve plutôt des frites, des hamburgers et du Coca-Cola. Qui aurait pu croire que la lente et invisible dérive des continents produirait des résultats aussi opposés ? Aujourd'hui, sur les marchés financiers, le sol sous nos pieds semble un peu moins stable que d'habitude. Nous ne sentons bien évidemment pas la terre trembler et bouger. Mais pourtant, nous avons la désagréable impression que nous nous déplaçons... et sans doute pas dans la bonne direction.
  • Goldman Sachs et Warren Buffett, une drôle d'association
    ▪ "Les gens qui ont évité l'effondrement du système financier (Ben Bernanke, Henry Paulson, Tim Geithner...) sont des génies". Cette affirmation étourdissante est signée Warren Buffett. Ils ont encouragé la formation de la bulle et n'ont officiellement rien vu venir lorsque celle-ci a éclaté -- sans oublier qu'ils ont menti jusqu'à la dernière seconde à propos du risque de propagation à l'économie réelle. Tout cela en fait-il également des génies ? Soudaine mansuétude du sage d'Omaha pour une équipe politico-économique qui a failli... Admiration envers l'action de Hank Paulson, qui a tué Lehman et renfloué AIG (principal débiteur de Goldman Sachs, alias GS pour les intimes) pour livrer Wall Street pieds et poings liés à Goldman Sachs (dont il était le PDG avant de devenir secrétaire au Trésor)... Tout cela aurait-il quelque chose à voir avec le fait que Warren Buffett est devenu en septembre 2008 l'un des principaux actionnaires de ce même GS ? Un important gérant de fonds new-yorkais faisait remarquer ce mercredi sur CNBC que le S&P vient de rejoindre 1 050 points -- c'est-à-dire très précisément l'objectif de Goldman Sachs. Il notait également que les banques se sont de nouveau envolées en août sur la parution d'une étude de... Goldman Sachs... que General Electric s'est mis à flamber récemment sur une recommandation de... Goldman Sachs... et que le secteur des matériaux de construction flambe depuis 48 heures sur un changement d'opinion de... Goldman Sachs. N'oublions pas que la thèse hédoniste d'une amélioration rapide et durable des profits des entreprises, malgré un environnement économique difficile et une croissance molle (ce qui n'a jamais été observé aux Etats-Unis par le passé, est défendue par Abby J. Cohen, la stratège action éternellement haussière de... Goldman Sachs). Et qui possède les plus puissants logiciels de manipulation des cours ? Qui pèse en moyenne 40% des échanges au quotidien à New York comme à Londres ou Paris ? Mais oui... Goldman Sachs. Tout lien entre la flambée stratosphérique de 60% de Wall Street -- en totale décorrélation avec la réalité économique -- et une quelconque influence de Goldman Sachs serait évidemment purement fortuit. Aujourd'hui, les stratèges de Goldman Sachs (ils ne sont pas les seuls) affirment qu'il circule des masses d'argent considérables dans le système financier. Il faut bien qu'il s'en aille quelque part... de préférence là où il rapporte un peu mieux que zéro -- mais jamais dans l'économie réelle naturellement, c'est plein de pauvres et de chômeurs qui ne sauraient pas quoi en faire... ▪ Les actions offrant depuis quelques mois les meilleurs retours sur investissement, il est normal que leur hausse spectaculaire attire le plus de capitaux. Autrement dit, c'est parce que la bourse flambe que tout le monde viendrait s'y précipiter, comme des moucherons la nuit sur l'ampoule incandescente d'une lampe halogène. Ainsi, sans que les marchés aient la moindre certitude d'une croissance réelle des profits des entreprises à un horizon de 18 à 24 mois (hors réduction des coûts et coupes claires dans les effectifs salariés), ils relèvent au fil des semaines leurs prévisions de bénéfices par action. Les analystes se livrent à une véritable surenchère, dépassés qu'ils sont par l'envolée des cours. Le consensus tablerait aujourd'hui sur une hausse de 30% des bénéfices par an, contre 15% pour les plus optimistes au début de l'été. Il prévoit également une stagnation globale d'ici 2012, d'après des études qui se voulaient réalistes au mois de mars dernier. Notons qu'elles se fondaient sur des exemples tels que la "décennie perdue" du désendettement des ménages japonais. ▪ Il ne semble plus exister de limite aux élucubrations que le marché serait prêt à gober la bouche grande ouverte. Un analyste de Goldman Sachs (encore un) vient de revoir son objectif de cours de 50% à la hausse sur Lafarge ; il passe ainsi de 60 euros à 91 euros, ce qui laisse un peu de place pour le rêve. Quelques analystes tricolores qui connaissent bien Lafarge et suivent au plus près sa stratégie de réduction de périmètre industriel, induite par un marché mondial en contraction, se disent un peu surpris par l'optimisme sans réserve de leur confrère américain. Ils le sont plus encore par l'ampleur de son revirement d'opinion en termes de valorisation. Lafarge ne valait plus rien en mars dernier, le ciment, c'était du plomb. Six mois plus tard, il vaut de l'or... et il n'y en aura pas assez pour tout le monde. Il faut être doté d'une surprenante faculté de prescience : le secteur de la construction a reculé de 3% dans l'Euroland au second trimestre 2009 et les mises en chantier n'ont progressé que de 1,5% aux Etats-Unis au mois d'août. Avouez que nous sommes loin d'une reprise fulgurante dans le bâtiment. Oui, par le jeu d'une merveilleuse alchimie (injections massives de capitaux qui sont autant de déficits budgétaires à éponger pour les contribuables), le plomb s'est transformé en or en moins de six mois. L'effondrement du marché du crédit n'aura aucune conséquence fâcheuse. La Fed a tiré les leçons des erreurs commises par ces idiots de Japonais de 1990 à 2000. Cela ne fait aucun doute, la machine économique occidentale va repartir du bon pied, avec des entreprises plus profitables que jamais... car il est évident que les Américains et les Européens (Espagne, Irlande et Autriche en tête) ne vont pas se mettre à épargner et se désendetter comme l'ont fait les consommateurs nippons dans des circonstances identiques 20 ans auparavant. Nul n'a jamais connu une crise semblable à celle de 2007/2008 mais chacun est bien convaincu qu'il ne s'agit plus que d'un mauvais souvenir. Il n'existe pas un excès de dette qui ne puisse être résolu par un excès de dettes plus grand encore. ▪ Puisque rien n'a changé, sinon la rapidité du rebond des marchés d'actions, c'est que les stratégies de gestion ont peut-être évolué. Parmi les théories les plus intéressantes glanées au fils d'interviews sur des radios ou des chaînes télévisées économiques, il en est une qui nous interpelle et devrait intriguer Warren Buffett, que nous évoquions en début de Chronique. Le buy and hold (acheter et conserver les titres sur du long terme) serait mort ! Explication : "le monde change trop vite, il faut être réactif. La vérité d'un jour devient l'erreur du lendemain -- il ne sert à rien de conserver une valeur qui ne grimpe plus, il faut suivre la tendance et se fier aveuglément au jugement du marché... car tout est dans le cours de bourse". Vous connaissez tout cela. Ce sont les principaux couplets de l'hymne à la spéculation pure, au court-termisme forcené et au suivisme le plus clairement assumé. De jeunes loups de la finance affirment que malgré toute son expérience et son bon sens légendaire, Warren Buffett a été dépassé par les événements en 2008. Il a lui aussi perdu beaucoup d'argent en investissant trop vite, il a cherché à rattraper le couteau qui tombe et il s'est infligé de vilaines entailles : voilà un exemple à ne plus suivre. Réciproquement, il ne faut pas succomber à la tentation de quitter un marché qui s'envole, même en phase de hausse maniaque : il y aurait désormais trop à perdre en vendant trop tôt. Mais si des gérants aussi doués et perspicaces que Warren B. ne doivent plus jamais chercher à acheter dans les creux ni vendre sur des pics historiques... qui doit le faire ! Beaucoup d'opérateurs pensent que c'est le rôle dévolu à l'omnipotent holding bancaire Goldman Sachs... en état de grâce depuis que son ex-président l'a débarrassé de sa rivale Lehman et l'a fait renflouer -- via AIG -- aux frais du contribuable. La banque a certes remboursé son dû... mais pas AIG ! Goldman dit achetez, le marché achète. Goldman dit vendez... et vous connaissez la suite : leurs traders vont se partager 11 milliards de dollars en 2009. La rumeur qui circule à Wall Street serait que le pactole tourne plutôt autour de 20 milliards de dollars : de quoi boucher largement le "trou de la Sécu" en France, ou offrir un minimum de protection sociale aux 50 millions d'Américains qui en sont privés. ▪ Nous ne pourrions pas conclure cette Chronique sans attirer votre attention sur ce télescopage des logiques exposées dans les précédents paragraphes. Il recouvre en fait une véritable escroquerie intellectuelle : alors que les analystes font des extrapolations de profits (ou de pertes, six mois auparavant) sur trois, cinq ou 10 ans, les meilleurs stratèges vous assurent que conserver un titre plus de quelques mois est un non-sens. Autrement dit, ils sont prêts à acheter sur la base de n'importe quel scénario moyen terme mirobolant... tout en sachant pertinemment qu'ils vendront dès que leur objectif de cours sera atteint, ou tout simplement si le cours cesse de monter. Conclusion : les analystes ne sont pas plus tenus de faire des prévisions crédibles qu'avant la crise. Après tout, ceux qui suivent leurs recommandations professent qu'ils n'ont aucune intention de prendre le risque de voir les entreprises leur verser ou non, année après année, les dividendes anticipés. Qu'est-ce qui a changé dans la façon de penser et de travailler des marchés en un an ? Rien. Les bulles boursières regonflent, les bulles de dettes s'accumulent. La seule différence, c'est que Goldman Sachs est encore plus puissant... et les traders de cette firme beaucoup plus riches.
  • Chine, matières premières et régulation : le point de vue de Jim Rogers
    Par Sylvain Mathon La Chine n'a qu'une envie : récupérer le juteux business des matières premièresLe raisonnement de Jim Rogers est simple : la Chine -- qui accapare déjà un tiers de la demande mondiale en cuivre, un sixième du blé, un cinquième du soja -- s'intéresse plus que jamais au trading de matières premières. "Ce qui va se passer", explique-t-il à un journaliste de Bloomberg, "c'est qu'à Singapour, à Hong Kong, à Shanghai ou ailleurs, on sera très heureux de récupérer ce business ! Les trois places boursières chinoises où se négocient des commos sont en plein boom. A Dalian, on traite déjà plus de contrats soja qu'à Chicago -- et ça, c'est avec une devise bloquée [le renminbi], sur un marché fermé..." "Imaginez un peu ce qui arrivera dès lors qu'ils ouvriront ce marché à l'étranger... Mais ça va exploser !" L'Amérique a toujours aimé les entrepreneurs... mais pas les financiers !Par conséquent, les traders ont peut-être raison de ne pas trop s'inquiéter : la régulation, si elle parvient à voir le jour, sera difficile et périlleuse. Pour autant, le milieu du trading en énergie traîne une sale réputation depuis le scandale Enron. Ses acteurs ont un poids économique indéniable. Du coup, ils ont tendance à se croire intouchables : mais je me méfie malgré tout de leur optimisme. L'Amérique, surtout en période de crise, a toujours aimé les entrepreneurs... mais pas les financiers ! Je ne sais donc pas qui va gagner. Tout me semble possibleUn coup de force du gouvernement Obama, un compromis acceptable pour les deux parties, ou encore des mesurettes qui donnent le change à l'opinion tout en laissant le champ libre aux opérateurs. Quant à l'impact réel de ces plafonds, s'ils entraient en vigueur... Là encore, l'incertitude domine. Une chose est sûre :Le marché des dérivés matières premières va être dominé, dans les mois qui viennent, par les signaux, même ténus, qui émaneront du front réglementaire. Préparez-vous à entendre reparler de la FTC, de la CFTC, de la SEC et de la FSA... Et à voir les cours réagir vivement aux annonces. Les opérateurs vont être rivés à l'actualité des régulateurs... Tout en surveillant de près le second levier du marché : le contexte fondamental. La Chine et le dollar, au coeur des matièresLes regards du secteur commos sont naturellement tournés vers la "locomotive" des BRIC. J'ai mentionné en juin dernier les excellents chiffres de la croissance chinoise, qui ont fait l'effet d'une véritable injection de vitamines pour bon nombre de marchés d'actions. Cette résilience des économies émergentes se conjugue à un phénomène non moins crucial : la dévaluation attendue du dollar, dont je vous ai parlé. Les plans de relance du gouvernement Obama sont coûteux ; ils tombent aussi dans un contexte où les cours pétroliers se rapprochent de leurs anciens sommets. Tout cela -- si ces plans sont suivis d'effets -- risque d'accentuer les pressions inflationnistes, tirant le billet vert à la baisse. L'attentisme, voire la nervosité de beaucoup d'investisseurs tiennent à cette anticipation d'une "lame de fond" de dollars dévalués. Mon avis sur l'avenir du secteur ?Ces facteurs, haussiers pour le marché mondial des matières premières, sont accueillis diversement par les analystes ou les gérants. Les précurseurs et les joueurs de court terme sont entrés très tôt, pour profiter du rebond : ils ont largement alimenté la remontée des cours à laquelle on assiste depuis quelques mois. Mais ils sont aussi les premiers responsables des prises de bénéfices, dès lors qu'un marché se redresse : et les incertitudes de l'évolution réglementaire ne les incitent pas à pousser leur chance. D'autres -- dont les investisseurs de plus long terme -- redoutent carrément la reformation d'une nouvelle bulle spéculative : ils s'abstiennent d'entrer ou alors, ils le font dans des proportions très prudentes. Tel est le paradoxe actuel du secteur : alors que tout le monde est à peu près d'accord sur la hausse du secteur à long terme, la crainte des spéculateurs les retient de miser à cette échelle ! Les opérateurs se regardent en chiens de faïence, tout en privilégiant les opérations à déboucler rapidement... Meilleures salutations, Sylvain MathonPour la Chronique Agora [NDLR : Retrouvez les analyses et conseils de Sylvain dans Matières à Profits -- une lettre d'information spécialisée dans les marchés des matières premières... et les profits qui vont avec ! Il suffit de suivre le guide...]Autres articles sur le même thème : Durcissement de la régulation des matières premières : les ETF sont visés
  • L'indice des prix à la production grimpe... en est-il de même pour la croissance ?
    ▪ Les temps qui courent mettent notre âme à rude épreuve... ... enfin, peut-être pas notre âme... mais au moins nos convictions. Nous avons appris cette semaine que l'indice des prix à la production (IPP) américain a grimpé de 1,7% en août. Voyons voir... si les prix à la production grimpent, les prix à la consommation suivent, non ? Eh bien... oui... en temps normal. ... mais il se passe des choses étranges en ce moment. Nous avons également appris que les ventes au détail (toujours aux Etats-Unis) étaient en hausse... oui, oui, en hausse... de 2,7% le mois dernier -- leur plus grande augmentation en trois ans. Attendez une minute. On disait que les ventes au détail étaient en baisse, pas en hausse. Notre vision du paysage économique met le consommateur au centre. Et il s'agit d'un consommateur qui n'augmente PAS ses dépenses. Il hésite plutôt à acheter quoi que ce soit. Il y a une raison à ça. On parle là de quelqu'un qui n'a rien épargné ces 10 dernières années. A présent, il est 10 ans plus vieux... la retraite l'attend alors qu'il n'a pas de fonds suffisants... et il a une peur bleue de se retrouver à court d'argent avant d'être à court de temps. Le consommateur américain comptait sur la hausse du prix des maisons pour financer sa retraite. A présent, il est déçu... et inquiet. Que peut-il faire ? Il doit réduire ses dépenses. Il n'a pas le choix. Il ne peut pas dépendre de sa maison. Il ne peut pas compter sur des augmentations de salaire. Ayant négligé son épargne durant les années de vaches grasses... il doit se serrer la ceinture durant les années de vaches maigres. Il doit épargner au pire moment possible -- durant une crise. Nous ne voyons aucun moyen de contourner la situation. Pas de raccourci. Pas de manière de faire disparaître le problème, ou de l'ignorer. Le cycle du crédit s'est retourné... il est passé de l'expansion à la contraction. ▪ Pendant ce temps, les autorités troublent l'eau du ruisseau. Elles tentent d'induire le consommateur en erreur... de le piéger... de lui faire croire que le haut est le bas, et vice-versa. Elles veulent qu'il croie que les années d'abondance sont de retour... qu'il n'a pas besoin d'épargner. En fait, elles veulent causer de l'inflation... pour l'encourager à se débarrasser de son argent aussi vite que possible. Voilà pourquoi les chiffres de l'IPP sont importants. Si les autorités parviennent à gonfler les prix à la consommation (et non uniquement les prix à la production), tout pourrait changer. Nous aurions alors une dépression inflationniste plutôt que déflationniste. Mais c'est une autre question. Pour l'instant, il nous semble que les prix au détail baissent toujours. Et nous doutons que les autorités puissent générer une véritable reprise simplement en injectant de l'argent dans l'économie. On peut stimuler les dépenses lorsqu'on est dans une expansion du crédit... mais pas quand on est dans une contraction. ▪ Voilà pourquoi nous nous méfions de ce chiffre des ventes au détail. Dans quelle mesure est-il constitué de dépenses financées et approuvées par les autorités ? 60% ? 80% ? 100% ? Selon David Rosenberg, on serait à 100%. Il a probablement raison. A quoi ressemblerait l'économie américaine sans la demande bidon nourrie par les autorités ? Elle reculerait de 6%. Et que se passera-t-il lorsque les autorités cesseront de pousser à la roue ? Le soufflé retombera. Mais les autorités ne peuvent-elles pas continuer à stimuler indéfiniment l'économie ? Peut-être. Tout de même, la leçon que nous avons apprise des Japonais est la suivante : même avec de gigantesques contributions gouvernementales (le Japon a approuvé 11 mesures de relances séparément se montant à un total de 30 000 milliards de yens), l'économie réelle ne bougera pas. Sur près de 20 ans, l'économie japonaise est passé d'une récession intermittente à une déflation intermittente. Le gouvernement a troublé le ruisseau -- mais les consommateurs ont vu clairement ce qu'ils devaient faire. Ils avaient perdu de l'argent durant le krach de 1990. Les actions qu'ils avaient achetées durant l'ère de bulle ont baissé les premières. Ensuite est venu le tour de leurs maisons. Ils devaient économiser de l'argent pour leur retraite. Ce qu'ils ont fait, résistant à tous les efforts du gouvernement pour les pousser à dépenser. La situation sera-t-elle différente aux Etats-Unis ? Probablement pas. Sans revenus supplémentaires, le consommateur n'a qu'un seul moyen d'augmenter ses dépenses : s'endetter plus encore. Il n'est pas prêt à le faire -- pas plus qu'il n'en est capable. Les banques ne veulent pas lui prêter d'argent -- et de toute façon, il ne le prendrait pas même si elles le voulaient (c'est du moins notre point de vue). Alors que se passe-t-il ? Les autorités empruntent à tour de bras -- AU NOM DU CONSOMMATEUR. Elles accumulent de la dette fédérale -- que le consommateur américain devra payer d'une manière ou d'une autre. L'argent lui est ensuite reversé de différentes manières sournoises et en grande partie inefficaces... générant assez d'activité pour donner l'impression que quelque chose se passe dans l'économie. C'est une imposture. C'est une fraude. C'est fondamentalement contre-productif. Mais c'est suffisant pour que des gens comme Ben Bernanke pensent que l'économie se remet. Nos convictions sont donc mises à rude épreuve. Tout semble s'améliorer. Les chiffres -- et ils sont nombreux -- montrent une augmentation de l'activité des entreprises et du commerce. Les commentateurs, économistes et analystes affirment tous que les choses vont en s'améliorant (sauf ceux qui savent de quoi ils parlent)... Les marchés montent. L'or aussi. Le pétrole itou. Alors qui a raison ? Qui a tort ? Nous ? Ou eux ? Nous disons qu'il n'y a pas de vraie reprise en cours... et qu'il n'y en aura pas. Ils disent que la reprise est déjà là. Restez à l'écoute.
  • A Wall Street comme sur le CAC 40, la hausse à tout prix
    ▪ Le bulldozer haussier écrase tout débat critique sur les fondements de la hausse des indices boursiers depuis fin juillet. Sur le sommet de la cabine est inscrit "suivez la tendance" -- un credo en forme d'impératif catégorique que nul n'ose désormais remettre en cause. La plupart des gérants interviewés, qu'ils soient ou non de culture anglo-saxonne, admettent qu'ils n'ont pas d'autre choix que de suivre le mouvement. Ils savent que la belle histoire de reprise que se racontent les marchés est probablement fausse ou carrément mensongère... mais ils n'ont pas d'autre choix que d'agir comme s'ils l'approuvaient sans réserve. Leur cerveau leur indique que le prix des actions est insensé mais la main qui pianote sur leur clavier d'ordinateur presse sur la touche achat de façon compulsive. La spirale haussière engendre une extraordinaire schizophrénie ; une rupture vertigineuse entre le réfléchir et l'agir. Mais un autre impératif catégorique tranche le débat : ne plus penser quoi que ce soit d'une action, ni de la conjoncture sous-jacente, ni du bon sens des analystes ou des chartistes pour ne retenir que l'orientation du cours de bourse. Ainsi la hausse se nourrit d'elle-même. Investir en Bourse devient profitable pour les intervenants les plus dociles et les moins regardants : une telle attitude intellectuelle fait froid dans le dos... mais elle est revendiquée sans états d'âme par de nombreux gérants et stratèges entendus sur CNBC ces derniers jours. Euphorisés par les gains engrangés ces deux derniers mois, ils n'hésitent plus à faire la leçon aux sceptiques (dont nous faisons partie) : "nous gagnons de l'argent parce que nous suivons le troupeau, et ce troupeau grandit chaque jour, chaque semaine. Il continuera de le faire jusqu'à ce que le dernier mécréant se convertisse à la religion de la tendance triomphante". Et d'asséner : "les cours montent encore parce que certains doutent des fondements de cette hausse... c'est parce qu'ils capitulent intellectuellement les uns après les autres que le mouvement peut se poursuivre. Ils deviennent ces 'derniers acheteurs' qui apportent à la spirale haussière l'énergie qui lui permet de se perpétuer". Il s'agit de consentir à l'abdication de tout libre-arbitre au profit de l'arbitraire, au nom du réalisme et de l'efficacité -- c'est tout ce que le client demande au trader ou au gérant. ▪ Il en résulte des arguments qui précèdent un terrible soupçon : la hausse ne se prolonge que parce qu'un certain nombre d'opérateurs refusent obstinément d'y croire, y compris pour d'excellents motifs comme en mars 2000 et octobre 2007 (ou juillet 2008 pour le pétrole). Quel meilleur terreau pour une hausse qu'un beau mensonge économique matraqué à l'envi par des médias complices, qui appartiennent le plus souvent à de puissants groupes financiers cotés à Wall Street ? Voilà de quoi se garantir un énorme réservoir de sceptiques pour alimenter la prochaine bulle boursière. Plus ils auront raison, plus ils perdront... et s'ils se montrent réalistes, ils renieront leurs convictions car c'est la condition première pour engranger des profits. ▪ Et voici qu'aujourd'hui, les constructeurs de maisons individuelles (notamment KB Homes) affichent publiquement leur confiance dans l'avenir. Cette réjouissante annonce tombe le jour même où les statistiques des banques font état d'une nouvelle hausse des retards de remboursement (+3% en août) et d'une contraction des crédits immobiliers la semaine dernière (-8% après -14% début septembre). Laquelle de ces deux informations Wall Street a-t-il décidé de privilégier ? Nous vous laissons deviner ! Les commentateurs se sont naturellement focalisés sur le renforcement des signaux de reprise économique avec les statistiques de la production industrielle ce mercredi et l'indice Empire State de la Fed publié mardi. L'un des vrais catalyseurs de la hausse réside cependant dans cette déclaration de Baudouin Prot, le PDG de BNP Paribas, qui affirme que les banques tricolores pourront se passer dès la fin du mois des liquidités offertes par la Société de financement de l'économie française (SFEF). Il résume la situation d'une formule : "les échanges interbancaires se sont normalisés, les établissements de crédit français sont de nouveau en mesure de lever des capitaux sur le marché, l'aide de l'Etat n'apparaît donc plus nécessaire". Cerise sur le gâteau, les provisions pour créances douteuses de BNP Paribas devraient être limitées à sept ou huit milliards d'euros en 2009. Ce sont certes des montants considérables, mais ils ont inférieurs aux prévisions du marché (consensus de 9,3 milliards d'euros)... D'où un vent d'euphorie qui soufflait sur les valeurs bancaires (+5% en moyenne) dans un contexte d'appétit maximum pour la volatilité et le risque. Dès que la hausse s'accélère, les mêmes secteurs retrouvent les faveurs du marché : les parapétrolières, le secteur automobile... et les banques -- l'ordre de préférence importe peu. ▪ Hier a donc été une séance de rally haussier de facture relativement classique. Elles s'inscrit dans le cadre des préparatifs liés à l'expiration des instruments dérivés dans les prochaines 48 heures, avec une incitation très forte à maximiser les gains (+20% en trois mois), sur fond de stratégie uniformément acheteuse de la part des investisseurs. A Wall Street, le scénario devient singulièrement répétitif. Le marché ouvre en modeste hausse -- voire en léger repli -- puis se remet à grimper de façon à égaler systématiquement la performance des places européennes en clôture... C'est un peu comme si le même trading program systématiquement acheteur depuis 10 jours s'assurait du contrôle total des indices. Les investisseurs qui achètent toutes les bonnes nouvelles ont continué d'ignorer les mauvaises, comme les sorties massives de capitaux des Etats-Unis en août (-97,5 milliards de dollars après -56,8 milliards de dollars en juillet)... les menaces chinoises d'arbitrage du dollar au profit d'autres actifs -- comme l'or qui grimpe vers  1 019 $/once... sans oublier le manque de relais pour soutenir la production industrielle ces prochains mois après l'expiration des plans de soutien au secteur automobile fin août : le marché se passe bien d'anticiper quand ça l'arrange. Le marché ne veut retenir que la révision à la hausse de la production en juillet à +1%, contre +0,5% initialement, et le bon chiffre du mois d'août (+0,8%). ▪ En ce qui concerne le risque que toutes les bonnes nouvelles soient bientôt "pricées" (comme si elles ne l'étaient pas déjà), les stratèges de Wall Street ont une botte secrète : "oui, en effet, les indices ont pris en compte une amélioration de la conjoncture (et certains concèdent même qu'elle pourrait être fragile et décevante)... mais les entreprises cotées ont démontré au second trimestre une étonnante capacité à préserver leur rentabilité". "Elles vont donc continuer d'accroître leurs gains de productivité (à l'infini cela va de soi) en réduisant leurs frais... tout en profitant du rebond de la croissance mondiale, tirée par le Brésil, l'Inde et la Chine". Nous aimerions qu'ils nous expliquent comment ils vont vendre leurs produits et faire plus de marge en abaissant les salaires, en détruisant des emplois par dizaines de millions (le cap des 20 millions de chômeurs causés directement par la crise sera atteint fin 2009)... et en se tournant vers une clientèle de pays émergents qui n'a pas les moyens d'acheter.
  • Durcissement de la régulation des matières premières : les ETF sont visés
    Par Sylvain Mathon La bulle des commos : à qui la faute ?Pour le magazine Barron's "il y a du sens à vouloir plafonner la spéculation pétrolière". Le magazine a publié récemment plusieurs articles pour montrer du doigt l'essor spectaculaire des fonds indexés sur le pétrole. Selon son estimation, les index traders détiendraient environ 40% des positions ouvertes au NYMEX sur le brut... Comme le montrent ses chiffres, la récente flambée des cours pétroliers depuis février s'est accompagnée d'une montée en puissance des positions longues détenues par les fonds indexés. Des fonds totalement déconnectés du marché réel du pétroleL'objectif de ces fonds indexés (ETF) consiste à répliquer les performances des produits pétroliers. Ces fonds, totalement déconnectés du marché réel du pétrole, présentent deux caractéristiques qui remettent en cause l'équilibre entre spéculation et hedging. La première, c'est qu'ils mettent en oeuvre des stratégies buy only -- c'est-à-dire qu'ils ne spéculent pas à la baisse. La seconde, c'est que jusqu'à présent, ils ont échappé aux plafonds que se voient imposer les spéculateurs traditionnels. Une race particulière et dangereuse...Cette race particulière -- et dangereuse, argumente le magazine -- de spéculateurs aurait largement contribué à alimenter la bulle pétrolière qui s'est mise en place entre 2006 et 2008 : ils ont poussé les cours loin de leurs fondamentaux, tout en dérogeant à leur vocation traditionnelle du spéculateur, qui est de garantir la liquidité du marché. Faut-il pour autant leur mettre sur le dos toute la crise mondiale ? Les ETF commodities : une goutte d'eau dans l'océan de cash !Ces acteurs buy only n'ont fait qu'aller dans le sens d'une tendance à long terme, et sur laquelle tout le monde est à peu près d'accord. S'ils ont donc engendré des distorsions, celles-ci doivent être ramenées à une juste mesure. Les ETF commodities ne représentent, à vrai dire, qu'une goutte d'eau dans l'océan de cash généré par les transactions OTC -- un marché à 680 000 milliards de dollars ! -- : moins de 1%, contre 71% pour les Swaps de taux d'intérêt ou 7% pour les redoutables CDS. Mais un sujet politique porteur...Il s'agit d'un marché ancré dans le physique, peu liquide -- et surtout, d'un marché très visible, stratégique et sensible. La plupart des électeurs automobilistes américains se moquent bien des CDS qui leur ont pourtant coûté leur maison ; en revanche, la "spéculation pétrolière" -- voilà un sujet qui retient leur attention ! Le bras de fer est engagéTels sont les éléments du bras de fer qui a commencé entre la CFTC et les grands acteurs du marché des dérivés commos -- un bras de fer aux connotations éminemment politiques. Les gouvernements et les autorités de régulation veulent non seulement "faire le ménage" pour en finir avec les dérives spéculatives, mais ils sont aussi à la recherche d'exemples qui leur apportent du crédit au sein de l'opinion : et les matières premières font un excellent candidat. De leur côté, les opérateurs ont retiré, c'est indéniable, des profits énormes de la spéculation -- notamment pétrolière. Ils ne sont pas du tout prêts à laisser étouffer la poule aux oeufs d'or et fourbissent donc leurs arguments ! Toutefois, deux arguments seront décisifs pour les régulateurs : Le marché pétrolier reste un poumon de l'économie américainePremièrement, le marché pétrolier reste un poumon de l'économie américaine ; nombre de pros doutent que la CFTC puisse le durcir sans courir le risque de le "tuer" pour de bon. Si le trading est une source de profits importante pour les banques et qu'on leur complique soudain la vie, qu'est-ce qui pourra le remplacer ? Il y a une deuxième menace, bien réelle : que les nouvelles contraintes imposées en Europe et aux Etats-Unis ne chassent le marché vers des paradis asiatiques. Tel est l'avis de Jim Rogers un "Monsieur Commodities" qu'on ne présente plus et dont je ne néglige pas l'opinion. Nous verrons la suite dès demain... Meilleures salutations, Sylvain MathonPour la Chronique AgoraAutres articles sur le même thème : Durcissement de la régulation des matières premières Chine, matières premières et régulation : le point de vue de Jim Rogers
  • Une déflation à la japonaise... malgré tout
    ▪ "Je suis brésilien, j'ai de l'or/Et j'arrive de Rio-Janeire/Plus riche aujourd'hui que naguère"... Ainsi vocalisait l'un des personnages d'une opérette de Jacques Offenbach... au milieu du 19ème siècle. Que voulez-vous... la roue tourne... Devinez ce qui s'est passé ? Selon une étude du Boston Consulting Group, la seule région mondiale qui s'est enrichie l'an dernier était l'Amérique latine... Brésil en tête ! Le reste du monde s'est appauvri. De 11%, selon BCG. Dans les pays du rhum et du soleil, en revanche, on s'est enrichi de 3%. Peut-être que nos investissements en Amérique du Sud et en Amérique centrale seront fructueux, en fin de compte. ▪ Et pendant ce temps, dans le monde développé... que se passe-t-il ? Il y a deux grandes écoles de pensée. La nôtre. Et la leur. Qui a raison ? A vous de décider. Ils disent que la crise est terminée. Nous pouvons remercier notre bonne étoile -- et les autorités. A présent, on revient à "la normale"... ou peut-être à une "nouvelle normale", avec des taux de croissance plus bas qu'avant. Janet Yellen, gouverneur de la Fed de San Francisco, déclare que la reprise sera "tiède". D'autres disent qu'elle sera faible... molle... de longue haleine. "La reprise la plus lente depuis 1945", déclare un article de Bloomberg. Elle est peut-être lente, disent-ils, mais elle est sûre. Les marchés boursiers le prouvent. Les actions ont remonté de 65% dans le monde entier, mais les Etats-Unis sont à la traîne, avec +40% seulement. Le Dow Jones est encore loin du seuil des 50% de rebond, à 10 300. L'or est toujours au-dessus des 1 000 $... et le dollar continue de chuter. Selon nous, il n'y a pas de reprise. Pas la moindre. Toutes les améliorations de l'économie peuvent être directement attribuées aux renflouages. Aucune d'entre elles -- pas un seul centime -- n'est organique, naturelle ou durable. Lorsque les subventions automobiles disparaîtront, par exemple, il en ira de même pour les ventes automobiles. Nous avons écrit un livre avec Addison Wiggin il y a plusieurs années. Nous y prédisions que les Etats-Unis suivraient le Japon dans un long ralentissement économique. Nous pensions qu'il commencerait après le krach des dot.com, en 2000. Nous nous trompions sur ce point. Il semble commencer actuellement. Et le gouvernement américain -- c'était à prévoir -- fait ce qu'a fait le gouverment japonais, en dépit des promesses de Bernanke de ne pas laisser le pays tomber dans le piège de la déflation à la japonaise. Les Japonais ont fait une chose : réduire les taux d'intérêt... distribuant quasi-gratuitement de l'argent à quiconque voulait en emprunter. Mais les consommateurs japonais ne voulaient pas emprunter, ils voulaient épargner. Ils avaient spéculé sur la bulle et perdu de l'argent. Alors que leur retraite approchait, ils voulaient regonfler leur épargne et assainir leur bilan personnel. Le gouvernement japonais a donc avancé de l'argent... qui a été pris par les spéculateurs, non par l'économie réelle. Les spéculateurs ont emprunté en yens, à des taux d'intérêt très bas, puis réinvesti l'argent dans des secteurs brûlants -- comme la bulle des dot.com. Le yen est devenu la "devise de financement" mondiale. Si on voulait construire une usine en Chine ou spéculer sur des obligations argentines, on pouvait commencer en empruntant de l'argent bon marché au Japon. Le Japon a ainsi contribué à un boom gigantesque partout dans le monde... mais pas au Japon. Le pays du Soleil-Levant semblait avoir du mal à émerger tous les matins. Les investisseurs immobiliers ont perdu 80% de leur capital. Idem pour les investisseurs boursiers. Même aujourd'hui, près de 20 ans plus tard, ils sont encore 75% dans le rouge. Et voilà qu'arrivent les Etats-Unis d'Amérique avec des taux de prêt super-bas. Mais qui emprunte ? Pas les M. et Mme Tout-le-Monde de l'Amérique profonde. Ils n'ont aucun nantissement sur lequel appuyer leur emprunt. Et les banques ne veulent pas leur prêter. Elles ont besoin d'argent pour elles-mêmes. De plus, tout le monde sait que le ménage américain moyen voit son revenu diminuer. De toute façon, M. et Mme Tout-le-Monde ne veulent pas emprunter. Ils ont traversé 10 années de pertes sur Wall Street. Les actions ne sont pas plus hautes qu'elles l'étaient il y a une décennie. Leurs maisons -- n'oublions pas qu'ils comptaient sur la hausse de leurs prix pour leur retraite -- ont baissé de 20%-40%. Et elles continuent de baisser. M. et Mme Tout-le-Monde, les pauvres, semblent ne pas pouvoir joindre les deux bouts. Ils économisent désespérément pour leur retraite -- au pire moment possible, alors que les emplois sont rares et que les salaires chutent. Mais que peuvent-ils faire d'autre ?
  • Les marchés du crédit montrent que la crise économique est toujours là
    ▪ Aux Etats-Unis, les actions ont atteint cette semaine un niveau record sur les 10 derniers mois. N'y cherchez pas d'explication rationnelle ; vous n'en trouverez pas. Les actions montent parce que les actions montent. C'est une bonne chose, même si ce n'est pas complètement logique. Avant-hier, nous avons appris que 550 000 Américains se sont inscrits au chômage la semaine dernière. C'est bien, nous a-t-on dit, parce que ce nombre aurait pu être plus important. C'est cette analyse qui a fait les gros titres pendant plusieurs semaines, modifiant les perceptions des investisseurs et engendrant des ordres d'achat. Une fois encore, nous n'avons rien à redire de ces bons résultats ; mais nous ne demandez pas d'accepter la logique douteuse qui produit ces bons résultats. Les investisseurs pleins d'espoir, les analystes haussiers et les politiciens intéressés ne cessent de répéter que l'économie américaine (et mondiale) se remet. Ce contingent du verre à demi plein fournit toujours plus de données "moins mauvaises" pour soutenir ses affirmations... sans oublier de mentionner que le cours des actions ne fait qu'augmenter (ce qui implique évidemment que rien ne peut aller mal puisque la Bourse va si bien). Peut-être que les haussiers ont raison d'être haussiers, à la fois pour la Bourse et pour l'économie. Mais votre chroniqueur ne parvient pas à se débarrasser de ses doutes tenaces. Bien sûr, il voit que le prix des actions augmente. Et il voit également que l'économie américaine n'est pas tombée dans un précipice. Mais il n'arrive pas à détecter le moindre signe de véritable reprise économique dans le monde réel là où les vrais gens essayent de conserver leur emploi et de ne pas perdre leur maison. ▪ Il ne parvient pas non plus à détecter le moindre signe démontrant que les individus et les PME ont de nouveau accès au crédit. Cette apparente contradiction perturbe votre chroniqueur depuis plusieurs semaines. Certes, les grandes entreprises ont vendu de nouvelles émissions de dettes pour la somme record de 926 milliards de dollars au cours des huit premiers mois de cette année. Et pourtant... et pourtant... les financements restent difficiles à obtenir pour ceux qui n'ont pas engagé de banquier d'investissement. M. et Mme Tout le Monde ne peuvent pas obtenir de financement si facilement. "Comment est-ce possible ?" se demande votre chroniqueur. "Comment les marchés du crédit peuvent-ils faire étalage des caractéristiques de la normalité quand, simultanément, la plupart des Américains ne peuvent pas obtenir de crédit ?" Nous ne connaissons pas la réponse, mais nous avons une théorie : les marchés du crédit ne se remettent pas, ils font seulement semblant. Deux tendances visibles se développent en même temps dans les marchés du crédit... et elles semblent se contredire mutuellement. Tout d'abord, les spreads du crédit se contractent. Ce qui signifie que les rendements sur la dette à haut risque, par rapport aux rendements du Trésor, ont chuté de façon catastrophique depuis l'automne dernier. A première vue, ce phénomène signifie que les créditeurs sont de plus en plus enclins à financer les emprunteurs à haut risque. ▪ Mais voilà le problème, avec cette analyse simpliste : les spreads du crédit décrivent seulement la valorisation des obligations qui existent déjà ; les spreads ne vous disent rien en ce qui concerne le volume ou les termes des nouvelles émissions. Ce sont les bilans des banques qui racontent cette histoire. Quand les bilans s'allongent, le prêt s'étend lui aussi. Quand les bilans se contractent, le prêt aussi. Devinez quoi ? Les bilans se contractent. Cette contraction résulte en partie des événements tels que les saisies et les pertes sèches. Mais cette contraction résulte également d'un fait très simple : les banques ne prêtent pas... de leur propre aveu. "Les banques ont durci leurs critères pour tous les types de prêt au cours du dernier trimestre", a récemment expliqué Bloomberg News, "et affirment espérer maintenir des critères stricts pour les prêts au moins jusqu'à la seconde moitié de 2010, a annoncé la Fed dans son enquête trimestrielle Senior Loan Officer publiée le 17 août. La plupart des banques ont cité une réduction de la tolérance au risque et 'des perspectives économiques plus incertaines' comme étant les principales raisons de la restriction des crédits accordés aux entreprises, et 35,2% d'entre elles déclarent s'être 'durcies''. Le montant des prêts à effet de levier, par exemple -- celui que les sociétés de private equity utilisent pour financer les achats d'entreprises -- a diminué et a atteint les 67,7 milliards de dollars cette année, contre 311,2 milliards en 2008 et 962,9 milliards en 2007. Idem pour toutes les catégories de prêts à la consommation. Le crédit devient rare. Mais même si les banques n'avaient pas avoué leur durcissement en matière de crédit, nous l'aurions constaté de nous même. ▪ La quantité de prêts et d'emprunts sur les bilans des banques américaines diminue depuis des mois. Pourtant, dans un même temps, les spreads du crédit ont rétréci. Comment est-ce possible ? Voici ce qu'en pense votre chroniqueur : les banques d'investissement comme Goldman Sachs et JP Morgan, avec de nombreux fonds de couverture, empruntent de l'argent à des taux d'intérêt très bas et achètent des dettes d'entreprises à plus haut rendement. Pendant que cet effet de levier se produit, les prix des obligations à haut rendement et leurs rendements chutent. C'est un simple carry trade, mais c'est un carry trade qui fait rétrécir les spreads du crédit... et qui pousse les analystes de Wall Street à déclarer que les marchés des instruments à taux fixes fonctionnent normalement. Mais cette déduction simpliste est peut-être trop simpliste... et fausse. Les spreads rétrécissent parce que les spéculateurs spéculent et les arbitragistes arbitrent. A la fin de toute cette spéculation et de tout cet arbitrage, Goldman Sachs annonce des bénéfices solides, mais M. et Mme Tout le Monde ne peuvent toujours pas obtenir de crédit automobile. En d'autres termes, les marchés du crédit ne fonctionnent peut-être pas aussi normalement qu'ils en ont l'air.
  • EDF donne un coup de pouce au CAC 40
    ▪ Les places boursières occidentales avaient pris entre 3,5% et 4% la semaine dernière sans qu'un véritable flux de données conjoncturelles positives ne le justifie : pratiquement aucun chiffre ne fut publié la semaine passée aux Etats-Unis. Les places européennes avaient effacé leurs 1,5% de pertes initiales lundi sur des tensions commerciales sino-américaines sans davantage de raisons convaincantes. Cette journée de mardi fut marquée par une première rafale de statistiques américaines... et que croyez-vous qu'il advint ? Rien que du bon naturellement ! Les ventes de détail progressent de 2,7% (presque deux fois plus vite que prévu) mais la hausse hors automobile s'avère moins convaincante avec +1,1% (dont +5,5% pour la seule consommation d'essence et de gasoil). Les prix à la production grimpent de 1,7% ; certains s'empressent de dire adieu au spectre de la déflation... mais ce n'est qu'un timide rebond une fois exclu les +23% des produits pétroliers. La cerise sur le gâteau, c'est la poursuite du redressement de l'indice Empire State (Fed de New York) : il passe de 12,08 à 18,8 et retrouve ses meilleurs niveaux depuis l'été 2007. Vous comprendrez que ce score d'avant-crise nous laisse songeur. Cela s'apparente en effet à un miracle de la fiction statistique, surtout quand on constate le très faible niveau d'utilisation des capacités industrielles sur l'ensemble de la côte Atlantique. Nous jugeons prudent d'attendre une confirmation de l'embellie par l'indice Philly Fed... ce n'a pas été le cas de Wall Street, qui s'est empressé de pulvériser de nouveaux sommets annuels. Le Dow Jones a franchi les 9 600 points et le Nasdaq les 2 100 points. ▪ Les places boursières européennes qui somnolaient autour du point d'équilibre jusque vers 14h29 se sont soudain réveillées. Le CAC 40 a bondi de 1% pour égaler son meilleur score depuis le pic indiciel du 14 octobre 2008. Il accumule ainsi 27% de gains en ligne droite partant du plancher du 10 juillet dernier, et 52,5% depuis le 9 mars). Paris a fini sa course en tête du peloton européen devant Londres (+0,45%) et Francfort (+0,15%), juste derrière Madrid (+0,85%) alors que les indices américains s'acheminaient vers une septième séance de hausse sur une série de huit. Alors que les bourses voisines avaient pris un départ plutôt prudent mardi matin, le CAC 40 se détachait rapidement du lot, dopé par une envolée de 6% d'EDF. Le titre a flambé suite à une information du journal Les Echos selon laquelle Paris et la Commission de Bruxelles seraient sur le point de trouver un accord réglant leur différend concernant les règles de concurrence sur le marché français. Mais ce n'est pas là le point décisif : EDF, c'est la deuxième capitalisation du marché parisien et c'est un titre qui affiche un retard de performance considérable sur le reste de la cote ces six derniers mois. Cela représente donc un excellent levier pour hisser rapidement le CAC 40 au-dessus de l'obstacle des 3 750 points. Il faut y ajouter un coup de pouce du compartiment automobile (+2,5% en moyenne) suite à la progression de 3% des immatriculations en Europe au mois d'août. ▪ Il serait abusif de prétendre que cette embellie dépasse les espérances, surtout lorsque le contribuable découvre le coût budgétaire des différentes primes offertes aux acheteurs... mais ne nous plaignons pas de voir circuler cette année davantage de véhicules plus sûrs et moins polluants. Depuis le salon automobile de Francfort, l'euphorie n'est pas encore de mise. Tadashi Arashima, le président de la filiale européenne du groupe Toyota, estimait que les ventes du secteur automobile seraient au mieux similaires à celles de 2009 l'an prochain. Il ne saurait mieux exprimer tout haut ce qu'une majorité d'industriels pensent tout bas... mais devant les caméras et pour complaire à leurs plus gros actionnaires, ils récitent le couplet du "pire est derrière nous". ▪ Au Japon aussi, début 1992, deux ans après l'éclatement des bulles immobilières et boursières (et partant de là, du système bancaire nippon), l'ensemble des acteurs économiques pouvait affirmer la main sur le coeur que la sortie de la récession était enclenchée ; l'Archipel se couvrit littéralement de grues de construction en quelques mois. Avec tant d'argent injecté dans les travaux publics (pour de multiples chantiers pharaoniques) et dans le renflouement des établissements de crédit, avec des taux d'intérêt à 2% (une révolution pour l'époque), l'économie ne pouvait que repartir sur de meilleures bases. Après les chutes de 1987 puis 1989, la Bourse de Tokyo -- qui s'était prise à croire qu'il s'agissait d'une crise comme les autres -- anticipait une reprise en "V". Mais après un rebond de 33% du Nikkei en six mois, la désillusion fut complète. Les économistes durent convenir que la demande de crédit s'effondrait, que la consommation des ménages nippons se contractait, que les prix de l'immobilier continuaient de plonger... et que le meilleur scénario pour 1993 serait celui d'une reprise en "U". Sans que le rebond de l'activité économique soit plus avancé ou plus robuste aux Etats-Unis qu'au Japon deux ans après le début de la crise, le Nasdaq affiche déjà +66% par rapport à ses planchers de mars -- soit un gain deux fois plus important que celui du Nikkei 18 ans plus tôt. Il est vrai qu'à l'époque, les Japonais n'achetaient pas d'actions. Par ailleurs, leurs banquiers -- qui n'avaient guère de marge de manoeuvre financière -- ne disposaient pas d'un arsenal informatique ni de liquidités généreusement avancées par les contribuables. Ils ne pouvaient donc pas permettre aux (très gros) traders de manipuler les cours à leur guise, avec la complicité de médias s'employant à manipuler l'opinion... au nom d'une forme de patriotisme financier ? ▪ Nul ne peut nier aujourd'hui qu'à l'image de la pandémie de grippe A, le scénario d'une rémission de la crise -- qui n'est nullement avérée mais simplement masquée par quelques expédients budgétaires -- fait l'objet d'un intense matraquage médiatique. Leur point commun, c'est le profond décalage par rapport à la réalité. Leur spécificité intrinsèque et réciproque est de faire peur avec ce qui est bénin (le corps médical maîtrise la situation) et de rassurer l'opinion sur une pathologie économique sévère (face à laquelle le personnel politique est impuissant). Ben Bernanke a beau secouer le thermomètre bancaire pour prouver que la température du malade baisse, ce dernier reste couvert de sueurs froides. Les économistes tentent de faire passer ses tremblements compulsifs pour des éclats de rire de bonheur face à une guérison si rapide. Alors, où en sommes nous vraiment de la reprise ? A notre avis, un peu au-delà du creux du premier "V" d'un "W" qui a toutes les chances de se transformer en "L" ! Où en sont les indices boursiers ? Au-delà des limites de l'intelligible, en train d'inventer un nouvel alphabet qu'eux seuls sont capables de déchiffrer.

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  • blogs bourse Daily Bourse, la communauté des investisseurs actifs
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