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- Histoire: John Bonhomme et le Temps retrouvé, premier chapitre
« John Bonhomme est perdu. », pense le cultivateur de lapins avec une grande envie de pleurer. Quand il se souvient, c?est toujours John Bonhomme qui le faisait rire. Comme il se vexait quand il pensait que certains autres aventuriers avaient déterré une quête plus grande que la sienne ! Une fois, John avait même jeté son dévolu, sans le savoir, sur le lapin le plus petit de tout le champ. Quelle honte ! Quelles exhortations ! Le lendemain, John était loin bien avant l?aube, et Norbert Sigfried, aventurier benêt mais fort chanceux, s?était retrouvé le matin en compagnie du minuscule lapin. C?était lui qui avait passé un été à creuser un puits dans un petit village du Colorado. John avait connu la gloire en arrêtant les bandits de Fort Laudanum, à l?aide d?une décoction qu?un indien lui avait enseigné pendant son sommeil. De telles aventures, Peter le cultivateur en avait des centaines, et si, pendant une retraite paisible, l?envie lui prenait de raconter ce qu?il savait, le bonhomme était promis à une grande gloire. En attendant, quel ennui ! Les aventuriers passent, et se ressemblent, et quand Peter croit entendre un pas léger et fluide, une intonation sensuelle et grave, un léger mouvement de branches, suivi d?un chant d?oiseau amoureux, il croit voir sa prière réalisée. Mais à chaque fois, c?est un gros homme à barbe, un filiforme en haillons, ou encore une voix désaccordée, un visage défiguré, qui surgissent. Et le beau John, John le magnifique, le vaillant, ne paraît pas. Mais là, ici, et maintenant, Peter entend un pas familier, un bruissement ami. John n?est pas loin, il le sent, il est là ! Il sourit, s?avance vers l?arbre d?où viennent les pas, et s?arrête, abasourdi. - Ah toi ! s?exclame-t-il. Mais qu?en as-tu fait ? Où est-il ? Johanna, surprise par une telle fougue, manque de se prendre les pieds dans un reste d?haricots rouges. - Je? dit Johanna. Nous avons été attaqués. Peter fait les gros yeux, s?approche, menaçant. - Et vous, s?écrie Johanna outrée, donnez-nous une aventure un peu moins fantastique la prochaine fois, voulez-vous. Mon père a perdu la mémoire, il est je ne sais où, sur une plage d?Hawaï, et il est prof de surf. Voilà ! J?ai couru des journées entières pour échapper à toute une clique de surfers professionnels, et vous m?accueillez en hurlant ? Vous devriez plutôt rassemblez ces quelques chiffons qui vous servent de vêtements, prendre votre cheval et partir en ma belle compagnie pour Hawaï ! Après tout, votre champ peut voyager. - Hein ? dit Peter pour garder une infime contenance. - Si John pioche un autre de vos foutus lapins, commence Johanna en s?impatientant, peut-être que cette quête lui redonnera la mémoire. Vous comprenez ? - Oh, dit Peter en acquiesçant, oui oui, c?est bein possible. - Qu?attendez-vous alors ? Plus vite ! Prenez vos lapins, vos torchons, et allons ! Peter est convaincu : dans sa fougue, il fait trois choses en même temps, sans se prendre les pieds dans aucun de ses effets personnels. Pourtant, un long silence l?arrête. Le chant des oiseaux se tait, les branches s?immobilisent, malgré un coup de vent glacial. - Personne ne bougera d?ici, murmure une voix grave, fantomatique, austère, effrayante, et, il faut bien le dire, dénuée de toute humanité. Johanna a peur, elle craint pour sa vie. Elle se laisse tomber vaguement sur le sol, ferme les yeux, et fait la morte. Les pas, lourds et cloutés s?approchent, avant de s?arrêter au niveau du faux cadavre. - Mes cinq blogs du moment
Narcissique Blog. J?ai découvert ce blog sur Blogasty. Bienvenue sur un blog ouvert et dynamique où quatre co-auteurs vous font partager des nouvelles sur l?informatique, des sujets et des blogs qu?ils apprécient. Pierre, l?un des auteurs, m?a contactée pour me proposer d?écrire un billet chez eux, en tant que « blogeuse invitée » : j?ai tout de suite accepté. Bref, voilà un blog qui écrit ce qu?il a envie d?écrire et cherche aussi à rencontrer d?autres blogueurs pour partager son lieu d?expression. Fragments bleus. Un joli site qui propose de beaux textes en prose, et la mise en ligne de peintures originales. Clarabel. Un site qui parle de littérature, des romans pour enfants aux thrillers psychologiques, en passant par un Stephen King ou encore un roman en costume façon XIXème siècle. Il y en a pour tous les goûts. Cinegras. Un site de critique qui parle principalement du cinéma américain et propose des critiques assez dures envers les films. Ils sont même notés, comme à l?école. Les Chtis n?ont pas la moyenne, pas plus que Sweeney Todd, et la meilleure note, c?est plutôt 14 que 20. Titre concept. Une baignoire et des ronds dans l?eau. Parce que j?adore le titre. Parce que j?adore le rose. Parce qu?on le voit : c?est un blog de filles ! - Attention, musée magique ! Sorolla...
El balandrito Laissez-vous guider, l'entrée dans le rêve commence ! Partons pour un petit voyage au bord de la mer, en plein Madrid. Le musée consacré à Joaquín Sorolla (1863-1923) est une petite merveille de verdure, et de peinture. Avant d?entrer dans la jolie maison (où le peintre a vécu) pour contempler les peintures de ce peintre impressionniste, laissez-vous bercer quelques minutes par le bruit des fontaines, les chants des oiseaux, et l?odeur des fleurs. Après ce petit préambule, les peintures ! Le peintre mêle sable, mer, et personnages, dans une tonalité calme, suave et incarnée. Un vrai plaisir pour les yeux. Je suis restée subjuguée devant plusieurs tableaux, que j?ai pu prendre en photos. El bano del caballo Le premier tableau que j'ai photographié. Dans la première salle. Une impression de sérénité, un soleil éclatant, des peaux étincelantes, une harmonie entre l'enfant et le cheval. J'ai gardé le mur sur cette photo, pour laisser l'impression de contre-plongée, qui s'harmonise avec le geste de la jeune fille en rose. Promenade au bord de la mer Son tableau le plus connu. Je l'avais étudié en classe, lors d'un cours d'espagnol. J'étais vraiment contente de le retrouver là, au centre, si tranquille et pourtant avec tant de mouvements (les gestes, le vent). Le bleu, le jaune et le blanc se marient parfaitement. Un tableau très étrange. Le traitement des yeux n'est pas le même pour tous les personnages: la mère, et le plus petit, n'en ont pas. La sieste L'heure de la sieste, entre lecture, et impression de petite mort. Sérénité, calme. Sorolla peint la nature et l'homme en complète harmonie, qu'il choisisse la verdure d'un parc ou le sable doré à la lisière de la mer. Le petit voyage se termine. Le dimanche, il est gratuit. - La Femis facile: mode d'emploi
Je viens de trouver sur le net un petit questionnaire qui permet de créer en quelques minutes et en quelques clics un scénario de film pour espérer intégrer la Femis. Une bien bonne idée pour s'amuser un peu d'un concours qui angoisse chaque année des centaines d'étudiants. Le questionnaire est très bien fait: drôle, voire hilarant, et le résultat pas mal du tout: le site compile l'ensemble des données. Résultat: un scénario complètement loufoque et une lettre d'intention assez hallucinante. Rire du plus sérieux, ça fait du bien de temps en temps. Même pour ceux qui viennent de découvrir cet étrange mot qu'est la femis, même s'ils viennent de comprendre que c'est une école de cinéma, faites ce petit test. Il fait sourire, et rire. Je vous propose en avant première mon projet, peut-être pour l'année prochaine ! Mon dossier pour le projet: "LE DESARROI EN SOLDE" Synopsis :??Pierre Tramo est amoureux de Louise-Elisabeth mais elle ne le sait pas. Où plutôt elle refuse de l'admettre. Comment ne pas voir le profond tourment de Pierre Tramo, et son chagrin quotidien ? Malgré cette souffrance de l'âme, le jeune homme reste optimiste et comble les carences du scénario avec des scènes improvisées.?Mais Louise-Elisabeth porte aussi un lourd secret : toute sa famille est morte dans d'atroces souffrances et elle est la réincarnation d'un plat de spaghettis. "Pourquoi tant de haine ?" se demande-t-elle en allumant sa centième cigarette. Et si Pierre Tramo était proxénète par obligation, serait-ce le début d'une nouvelle relation ? Intention d'auteur :??LE DESARROI EN SOLDE est un projet que je porte en moi depuis longtemps. Comment définir cette oeuvre géniale qui, au-delà de sa portée historique évidente, va révolutionner le cinéma ? Les premiers adjectifs qui me viennent à l'esprit sont obscur et chamaré. De plus, l'aspect résolument arrogant de ce film apporte un souffle nouveau au genre.?Pour preuve, les nombreuses références aux références de Quentin Tarrantino tout au long du métrage attestent que je suis un cinéphile averti. D'ailleurs le cinéma et la hausse du CAC40 sont mes seules raisons de vivre. Extrait de scénario :?? 8. INT/JOUR - UN APPARTEMENT?Une pièce sans meubles ni décoration. Pierre Tramo se tient debout dans un angle, face au mur. Assise sur l'unique fauteuil, les pieds dans un bassine de peinture verte, Louise-Elisabeth arrache une à une les pages de l'annuaire des Hauts-de-Seine. Louise-Elisabeth?: Tu es comme une huitre et ça me réjouit. Une danseuse topless traverse la pièce sur une musique de Bernard-Henry Lévi. Pierre Tramo? : Tu confonds avec le facteur, c'est incroyable ! Fondu au noir. Intention de réalisateur :??En tant que disciple de Bernard-Henry Lévi, j'ai développé une technique particulière qui consiste à tourner avec des dialogues chantés en Bulgare.? Mes trois axes majeurs de réalisation sont : Un tournage difficile à cause du vent ; Un casting composé de rugbymen internationaux ; Le budget sera de 12.5 euros, café compris. Je serai intransigeant sur ces points qui donneront à mon chef d'oeuvre sa dimension orgasmique. Pour conclure modestement, je dirais que LE DESARROI EN SOLDE est une oeuvre atypique qui comblera les critiques des Cahiers du Cinéma et les 3 spectateurs qui auront payé leur ticket par erreur.??Je ne doute pas que mon inscription à La Femis ne soit plus qu'une simple formalité. - Résultat du sondage
Les votes sont clos ! La troisième saison de John Bonhomme commencera cette semaine, avec le titre le plus plébiscité: John Bonhomme et le temps retrouvé. John Bonhomme et les tagliatelles bleues finit deuxième, mais ce titre me plait beaucoup. Qui sait, il fera peut-être partie de la prochaine saison ! - Cineaqua vaut-il le coup?
A quelques minutes du Trocadéro, Cineaqua, un bâtiment souterrain flambant neuf, à l?architecture sympathique, mélange aquarium et cinémas. Un concept intéressant, dont le prix (15 euros 50 pour le tarif réduit) n?est pas encourageant? Pourtant, l?aquarium en lui-même est formidable : des vitres aux formes arrondies qui donnent une forte impression d'immersion. On se croirait dans l?eau avec les poissons clowns, les raies ou encore les requins. Chacun des bassins possède son propre décor : rochers, algues, anémones, sable, etc. Au détour du circuit, vous pouvez avoir la chance de croiser un guide, intéressant et compétent. La découverte des poissons mimétiques, des poissons vénéneux et venimeux, ou encore des explications sur les requins apportent à la visite ce que les quelques panneaux ne pouvaient pas donner. Saviez-vous que le poisson chirurgien était équipé de deux scalpels ? Que les poissons clowns étaient hermaphrodites (ils naissent mâles et meurent femelles) ? Qu?il existait des crevettes violettes ? Que le poisson grenouille ne sait pas nager et qu?il se déplace en sautant ? Que le poisson vache existe, et qu?il est jaune ? Que le requin nourrice passe le plus clair de son temps au fond de l?eau, sans jamais bouger ? Bien sûr, le guide parle du film Les Seigneurs de la mer et rappelle que sur les 450 espèces de requins, 5 sont dangereuses pour l?homme. Les Dents de la mer ont crée un traumatisme général, quand pourtant, ils n?abordent donc que l?une des centaines d?espèces de requins? Difficile de se dire, après avoir vu ce film mythique, et longtemps après, que les requins peuvent aussi être inoffensifs? Le guide conclut en expliquant que les requins, quand ils s?attaquent aux surfeurs, pensent en réalité s?attaquer à une otarie, du fait de leur mauvaise vue? Généralement, ils recrachent le surfer, la nourriture n?étant pas à leur goût : le requin aime la graisse. L?aquarium est équipé d?un bassin caresses, avec d?assez gros poissons. Tentez l?aventure : c?est comme caresser de la soie vivante. Reste qu?il est difficile de comprendre pourquoi les organisateurs ont décidé d?équiper l?aquarium de salles de cinéma complètement ouvertes sur les aquariums, qui passent des films comme Casino Royale ou X Men? Imaginez des enfants de trois ans qui viennent regarder les poissons avec les grands parents, et découvrent au détour d?un aquarium, James Bond en train de se faire torturer? Etrange. Du coup, quand on croise ces salles de cinéma, l?atmosphère mystérieuse et aquatique du lieu s?enfuit. Pourquoi ne pas proposer des documentaires sur les mers ? Les poissons ? Idem pour tous les écrans de la première salle qui montrent encore des films sans aucun rapport avec le monde de la mer. Voilà le genre de choses que je ne comprends pas. Le poisson vache, un de mes préférés. Il a une jolie tête un peu extraterrestre. Le poisson Picasso, magnifique. Une des nombreuses murènes, très laide et pas moins impressionnante. Les méduses, c'est beau ! Le poisson lion. Sa crête sur le dos est composée d'aiguilles très venimeuses. On l'appelle aussi la rascasse volante. - Le Grand Alibi de Pascal Bonitzer
Mais où est-il ? Après le film, on s?interroge encore. L?amour ? L?un des personnages ? Peut-être. Mais le film n?est pas à la hauteur de l?annonce du titre. Pascal Bonitzer, en adaptant Le Vallon d?Agatha Christie, fait des choix très marqués : Hercule Poirot plus ou moins éjecté, remplacé par un flic sans vrai charisme, et presque tout à fait absent du film. L?Angleterre du passé s?efface au profit de Paris, et la jeune fille du film, sans doute dans la recherche -ratée- d?une fougue à inoculer au film, khâgneuse et sans vraie autre caractéristique, accumule les gros mots. Pour actualiser l'un des romans de la dame du suspense, on pouvait trouver mieux? Le film ne fait pas peur, pas plus qu?il n?arrive à installer un vrai suspense. Pire encore, aucun des personnages n?est vraiment attachant : un alcoolique fini, un coureur de jupon incarné par Lambert Wilson, une italienne très caricaturale, etc. L?absence de huis clos, qui est peut être, à l?origine, un choix d?Agatha Christie, passe mal dans le film : l?intrigue est diluée (qui a tué Pierre, le chouchou de ces dames?), les personnages manquent de soupçons les uns envers les autres, dans un enchainement de scènes décousues puisqu?il faut suivre chacun, et en quittant toujours le personnage précédent, rendre impossible une quelconque identification avec l?un des protagonistes. La distance, c?était peut-être ce que Pascal Bonitzer cherchait, mais en tenant compte du livre, le choix est bien étrange : Agatha Christie disait s?être penchée sur la psychologie des personnages, leur intériorité, davantage que sur le meurtre lui-même. Difficulté d?adaptation, que de transcrire un état d?esprit, des émotions. Alors les personnages passent leur temps à qualifier les autres : celle-ci n?est pas dans son assiette, cet autre devrait arrêter de boire, etc. On se lasse, on s?ennuie, pour en arriver à un dénouement relativement kitsch, où le dévoilement des faits laisse la place à un revenant, ainsi qu?à une poursuite pleine de suspense et bien filmée. On en oublie un peu le long début du film qui retardait sans cesse le meurtre, et la scène du meurtre elle-même, relativement courte et emmêlée. Une enquête active du spectateur est bien improbable tant, d?ailleurs, qui a tué ce coureur de jupon importe peu. Le meilleur du film s?incarne chez deux personnages féminins : Eliane, la propriétaire du domaine, jouée par Miou-Miou, machine à phrases qui vont jusqu?à l?absurde, sans cesse rabrouée par son mari et sa fille, maniant le langage sans trop se rendre compte de sa portée (ses week end se passaient relativement bien avant, explique-t-elle, car, au moins, il n?y avait pas de meurtres? Ce soir, on ne mangera pas le canard, quand même, après ce qu?il vient de se passer !). Le deuxième personnage finement dessiné, jamais caricatural, et magistralement interprété par Valéria Bruni Tedeschi, est Esther, une sculptrice amoureuse de Pierre, qu?elle sait pourtant marié, dont elle connaît la femme, et pour laquelle elle cultive une jalousie aussi grande qu?une étrange amitié. Les hommes, quant à eux, ne sont bons qu?à tromper, mourir, et rester machistes, toujours envers celles qu?ils disent aimer. Ajouté au Paris moderne et au langage contemporain, le film joue à prendre le pire de chaque époque. On en arrive à regretter l?atmosphère anglaise des maisons de campagne et l?indéniable classicisme des romans d?une écrivain souvent adaptée, pas toujours comme on l?aurait souhaité. - Pause musicale : Soko
Après la photo du mois, voici le morceau du moment ! Ariane m'a donné les clés de son blog pour vous faire partager ma passion pour la musique. Pas de rythme stable de publication mais des billets, de-ci, de-là, quand j'aurais envie de vous faire découvrir un morceau. Stéphanie Sokolinski, alias Soko, est une jeune bordelaise née en 1986. Ses chansons, piquantes et décalées, proposent un univers entre romantisme et folie, avec un accent anglais très frenchy. Je vous laisse découvrir quelques-uns de ces morceaux. PS: n'hésitez pas à faire partager vos coups de coeur musicaux dans les commentaires. - Petite piqûre de rappel
John Bonhomme revient à la rentrée. N'oubliez pas le sondage pour choisir le titre de ses aventures ! Le sondage prendra fin le dernier jour des vacances, et la rentrée verra revenir sur les bancs de ce blog John Bonhomme, sa jument, et sa fille. Alors votez ! - Funny Games US de Michael Haneke
Funny Games, ou l?ironie d?un titre. Car si les deux jeunes à l?apparence angélique (yeux bleus, cheveux clairs) s?amusent, le spectateur et les autres personnages seraient plutôt enclins à se ronger les ongles ou à friser l?hystérie. Des jeux, il y en a : golf, cache cache, petites comptines, chaud et froid, jeux de hasard, paris, mais toujours pour jouer sa vie. Deux musiques : deux mondes. Celle, classique, qui représente une famille parfaite et soudée. L?autre, un hard rock dégénéré où se superposent les noms des acteurs en lettres rouges. Et pourtant, les deux inconnus, blonds et presque efféminés, contrastent entre politesse et violence, excuses et propositions de jeux morbides, une presque nonchalance qui devient vite perversité, puisqu?il s?agit pour la petite famille, de parier qu?elle va vivre, quand ces deux anges de la mort, eux, parient qu?elle va mourir. Funny Games est un film violent. Ultra violent. Sans pourtant montrer aucune mort. La mort se cantonne au hors-champ, remplacée à l?écran par une cuisine où l?un des deux monstres se fait un sandwich, ou encore par une conversation anodine sur un bateau. D?où vient alors cette tension insidieuse, cette peur de chaque instant qui cloue le spectateur à son fauteuil ? Il y a ces longs plans fixes, terrifiants, où à chaque seconde tout peut se jouer, dans une tension perpétuelle, et cette absence d?explication, aussi, qui laisse au spectateur un goût étrange d?amertume et d?incompréhension. Pourquoi deux jeunes en apparence normaux s?en prennent-ils à une gentille famille ? Acte gratuit et violence s?entremêlent pour une dénonciation de la violence au cinéma, d?où un paradoxe constant : l?utilisation de l?ultra-violence peut-elle dénoncer l?ultra-violence elle-même ? La réflexion de Wes Craven, dans la trilogie Scream, n?est pas très loin, et la coiffure des deux personnages machiavéliques, à plus d?un titre, rappelle celle de Billy Loomis. Michael Haneke propose au spectateur un constant rappel sur le statut des images : il s?agit d?une fiction. Ce n?est qu?un film. A plusieurs reprises, l?un de ces étranges preneurs d?otage parle directement au spectateur. Le regard caméra, à chaque fois, est insistant, et le personnage nous interroge : sur qui parions nous ? Les deux hommes, ou la famille ? Qui gagnera le pari ? La famille vivra-t-elle ? Difficile, dans ces moments, de ne pas avoir honte d?être allé voir le film, tant la leçon met le spectateur en situation voyeuriste et perverse. Le but de ces deux joueurs? Divertir les spectateurs. D?où un regard gêné de ce même spectateur qui vient voir un film terrible et se trouve confronté à la position perverse qu?il a désirée, pris à parti par les personnages les plus inhumains. Car le spectateur joue le jeu, il regarde : il est aussi coupable, et les deux personnages n?hésitent pas à le lui faire remarquer. Michael Haneke joue avec le spectateur, tout comme ses deux anges exterminateurs jouent avec la famille. On croit l?un d?eux mort. Erreur : l?autre n?a qu?à appuyer sur retour rapide, et ce n?est plus la télévision du salon qui se rembobine mais la scène où le jeune homme meurt. Ici, les ennemis sont immortels, et personnages. D?où une sensation fortement déceptive : la violence est bien là, mais chaque tentative de la famille pour se libérer tourne court. Les ficelles scénaristiques habituelles s?envolent : un insert sur un couteau qui tombe dans le bateau au début, mais qui ne sert à rien plus tard, la mère qui s?échappe, mais que les deux tueurs ramènent, etc. Chacun des acteurs incarne parfaitement son rôle : Naomi Watts, en femme et en mère amoureuse et courageuse, Todd Gearhart en enfant terrifié mais débrouillard, Tim Roth en père affaibli et résigné, Michael Pitt et Brady Corbet en monstres de la perversion à l?apparence inoffensive. Pas une fausse note. Le caractère cyclique des man?uvres des deux hommes achève de plonger le spectateur dans la fatalité : rien ne joue ici en faveur des « gentils », tout joue au contraire en faveur de ces monstres, qui s?introduisent chez les familles en demandant des ?ufs, qu?ils cassent, comme ils casseront, plus tard, des enfants, des parents. Dix ans après avoir réalisé Funny Games (film autrichien), Michael Haneke en propose un remake hollywoodien où l?atmosphère, à la fois dérangeante et radicale, propulse le spectateur dans un état de stress quasiment permanent. L?ultra violence et la fatalité dénoncent avec systématisme la manipulation que fait endurer le cinéma hollywoodien à ses personnages maudits, et pourtant innocents. Le film peut enfin s?adresser au public américain. Qu?en a-t-il pensé ? Difficile, en tout cas, de rester de marbre devant un tel « Horrific Games », ou alors, il est temps de s?interroger sur sa potentielle absence d?humanité.
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