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Blog culturel : expos, musique, livres, cinéma, photos, voyages et Asie

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Blog culturel : expos, musique, livres, cinéma, photos, voyages et ... Asie
Toute l'actualité culturelle de Paris, Londres, Rome, Tokyo, Shanghai et New York passée au crible

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Dernières nouveautés du site Blog culturel : expos, musique, livres, cinéma, photos, voyages et Asie :

  • Ex/Po! : ?Erwin Olaf ? Rain, Hope, Grief & Fall? (Institut Néerlandais, Paris)
     ?Le vrai mystère, c?est le monde visible, non l?invisible? (Oscar Wilde). En organisant pour cette première exposition consacrée au travail personnel du photographe de mode Erwin Olaf, l?institut Néerlandais donne à voir l?un des grands regards radicaux et contemporains dont l?obsession plastique pourrait laisser croire à une certaine superficialité esthétique quand, en réalité, son exploration patiente des apparences, le perfectionnisme de ses mises en scène, loin de transformer les sujets en mannequins sans âme, révèlent l?énigme brute du réel. ?Ce qu'il y a de plus profond dans l'homme, c'est la peau? rappelait Paul Valéry. C?est là le véritable propos des ?uvres d?Erwin Olaf. Véritable amoureux des formes et des femmes, Erwin Olaf le reconnaît lui-même:"quand je crée mon propre monde, je peux exprimer parfaitement ce que je veux dire." Un langage qui est avant tout celui de l'ambiguïté et de l?équivoque. Convoquant le maniérisme de ces travaux publicitaires pour les plus grandes marques globales (Levi?s, Diesel ou Nintendo) à une profondeur picturale et cinématographique inspirée tant par Vermeer, Hopper, Mondrian ou Tati, Erwin Olaf joue des contraires pour mieux tromper le regard de l?observateur. Là où ses clichés de jeunes femmes sublimes appelle à une telle perfection que l?on croirait ses modèles faits de cire virtuelle, Olaf introduit dans ce microcosme démiurgique un élément perturbateur. La pluie, un battement de paupière, un silence? rien de que très invisible en soi mais qui s?immisce dans l?image comme une étrangeté, une quasi-monstruosité silencieuse. Dans les quatre séries exposées à l?Institut Néerlandais (Rain, Hope, Grief & Fall), Erwin Olaf offre un panorama spectaculaire des ambiguïtés de son art: entre sur-objectivité et sentimentalisme, superficialité publicitaire et théorisation esthétique, vrai et faux? et laissant au fil des années de plus de plus de part à la manifestation immédiate de l?humain, du trop humain. Hope & Rain : il pleut dehors et tout est chaleureux à l?intérieur. Posés là, mis en scène dans ces cocons dignes d?Edward Hopper, les personnages d?Erwin Olaf existent comme existent les objets, ce de cette présence cinématographique surréaliste ramenant le signifié au plus près du signifiant. Dedans / Dehors : tel est l?obsession d?Erwin Olaf. Comprendre ce qui nous rend hermétique ou poreux, ce qui dicte notre présence ou notre absence. Univers construit, univers du moment à venir, univers du surcis. Olaf montre ce que David Lynch masque, l?objectivité de l?existence, sa nature intrinsèquement réifiante.                            La femme de ?The Kitchen? , le faux couple de ?The Hallway?, l?adolescente ?teacher pet? de ?The Classrom?, les obèses de ?The Dancing School? ramènent tous à cette dualité dedans / dehors. Et la pluie collée à l?imperméable strict de l?homme lunaire perdu sur le pallier d?un motel n?est que le signe troublant que la frontière rassurante et établie entre ces deux monde n?est qu?une douce illusion.                          Grief: inspirée par Jacqueline Kennedy et l?assassinat de Dallas, la série ?Grief? respire l?implosion et démontre une nouvelle orientation de la mise en scène d?Olaf. Là où ?Rain & Hope? objectivaient les personnages, leur déniant toute subjectivité émotionnelle, les sujets de ?Grief? sont saisis au bord de la falaise: l?annonce du drame, l?absence définitive de l?être attendu, le retour impossible au foyer. S?inscrivant toujours dans ces intérieurs neutralisant de bourgeoisie des années 50, Erwin Olaf saisit l?instant décisif, le moment avant la chute, avant l?abandon aux larmes, aux cris, à la colère.         Et là où les personnages remplissaient auparavant l?espace de leur nature d?objet, ce sont désormais les objets quotidiens qui hurlent leur présence à l?image: le verre rempli de whisky qui ne sera jamais vidé, l?assiette déjà froide attendant un convive qui n?arrivera pas, les meubles expirant leur confort suranné, ce bas qu?il n?est plus nécessaire d?enfiler, cette robe, cette coiffure si soignée qu?on ne verra pas démêlée, cette horloge que l?on veut arrêter. Sublimant ses modèles féminins dans une approche quasi-flamande de la lumière, les parant de prénoms empruntant à la mythologie contemporaine (Caroline, Victoria, Barbara, Irene) La douleur, invisible, pas même esquissée, résonne pourtant en nous, comme si nous devions collectivement porter le deuil étouffé d?un certain destin occidental s?incarnant dans une esthétique américaine des années cinquante, décennie grosse d?une idéologie du progrès qui pour certains pris fin en 1963.     Fall : ?quand j?ai commencé la série ?Fall?, il y avait une vue dans laquelle une fille ferme à moitié les yeux. Cette image m?a intringué pendant plusieurs semaines. J?ai donc décidé d?explorer l?idée et j?ai fait quelques images dans lesquelles j?ai demandé aux modèles de cligner des yeux. Il en est ressorti que le battement de paupières est un instant que seule la photographie peut capter?. Avec ?Fall?, Erwin Olaf s?empare de son matériau favori ? des modèles quasi parfaits ? pour les transformer en icônes. Icônes modernes nimbées d?une lumière enveloppante, presque irréelles, posées, posantes au sein d?un neutre décor couleur grège, toutes contemporaines idoles, saintes aux peaux satinées aux courbes sensibles, aux bouches parfaitement dessinées, mais dont les yeux mi-clos laissent voir l?âme derrière l?enveloppe charnelle, le subtil moment où, du corps s?échappe l?esprit, comme un vêtement soudain ôté, glissant le long de ces corps soyeux, comme une aspiration soudaine laissant deviner quelque chose d?impalpable derrière la carcasse sublime.                                  Une évasion terrible: Paul Valéry demandait ?comment se peut-il que l?on ose s?endormir"?? rappelant que le sommeil est une aventure étrange où la conscience cède à la pesanteur du corps sans certitude de jamais se réveiller. Olaf, introduisant dans ses portraits de chute, d?abandon subreptice, des natures mortes sous forme de plantes tout aussi soignées et habillées que ses modèles humains, ne dit rien d?autre. Comment se peut-il que l?on ose s?échapper ? Les passionnants films projetés au sous-sol permettent de comprendre comment Olaf construit ses séries, mêlant la rigueur photographie avec un sens de la narration suspendue typiquement cinématographie. Sans compter sur une ironie féroce et souvent chargée sexuellement, comme un contre-pied malicieux à l?apparente froideur de ses clichés. N. ?Erwin Olaf ? Rain, Hope, Grief & Fall?, du 14 Mai 2009 au 5 Juillet 2009à l?Institut néerlandais, 121 rue de Lille, 75007, Paris Mots clés Technorati : Erwin Olaf, Institut Néerlandais, Rain, Hope, Grief, Fall, Edward Hopper, David Lynch, Vermeer, Mondrian, Jacques Tati
  • Ex/Po! : ?Classics in Lego? by Balakov ou comment philosopher à coups de Lego (Flickr)
    La photographie n?est pas une question de moyens, c?est une question d?imagination et de patience. Henri Cartier-Bresson, Jacques-Henri Lartigue ou le grand photographe turc Ara Güller ont souvent raconté pourquoi la photographie fut longtemps par essence une activité sinon bourgeoise du moins rentière. Le coût du matériel, du développement, les contraintes techniques, l?incertitude d?avoir appuyé sur le déclencheur au bon moment pour saisir le fameux ?instant décisif? ont cantonné pendant une bonne moitié du XXème siècle la photographie à quelques jeunes gens aisés capables de se consacrer tout entier à leur passion et de voyager sans réel souci du lendemain. L?industrialisation du médium photographique au tournant des années 1880 avec Eastman Kodak, la démocratisation du matériel au sortir de lors de la seconde guerre mondiale puis la révolution numérique finiront de rendre accessible à tous la pratique photographique. Pourtant, la photographie contemporaine ne cesse de lier performance esthétique et ampleurs des moyens mis en ?uvre. Montage coûteux, lointains voyages d?exploration, mises en scène monumentales minutieusement préparées? si une certaine scène photographique (souvent passionnante par ailleurs) par des met au défi l?image en lui conférant une dimension monumentale (Andreas Gurski, Elger Esser) ou cinématographique (Erwin Olaf, Denis Darzacq, Desiree Dolron ou Izima Kaoru), il est fort heureusement toujours possible de tirer parti d?un minimalisme de moyens pour questionner le medium photographique et inlassablement chercher une meilleure réponse à la question fondamentale ?qu?est-ce qu?une bonne photographie?? Bakonov, photographe professionnel actif sur le site de partage photo Flickr, en est la preuve vivante avec son album ?Classics in Lego?. En recréant dans son appartement des clichés célèbres appartenant aujourd?hui à l?histoire de la photographie, à partir de simples figurines Legos et diverses briques qui peuplèrent autrefois notre enfance, il démontre que l?imagination ne dépend de rien d?autre que des bornes qu?on lui fixe. Et Bakonov, photographe également obsédé par l?univers de Star Wars, de ressusciter comme par enchantement des clichés historiques signés Cartier-Bresson, Leibovitz, Riboud ou Rosenthal, avec quelques bouts de ficelle de coton et un bout de carton.                               Rien n?effraie notre photographe Legomane: ni le célèbre cliché de 1932 de Charles Ebbet représentant des ouvriers déjeunant assis au-dessus du vide new-yorkais sur la poutrelle métallique d?un skyscraper, ni la photographie de presse de Jeff Widener saisissant l?homme de la rue arrêtant à lui seul une colonne de char de l?Armée chinoise lors de la répression de la révolte de Tiananmen. Même Capa, la légende Capa est restituée, flou de bougé et grain argentique à l?appui dans une reconstitution du D-Day? Quelques-unes de ces ?re-créations? qui sont autant de ?récréations? sont directement visibles dans la galerie photo en cliquant ici La démarche de Bakonov n?en demeure pas moins extrêmement rigoureuse et les clichés figurant ses set-ups (le décor qu?il a construit pour simuler la scène, l?éclairage choisi, la méthode de prise de vue) démontrent une approche sophistiquée et professionnelle, quand bien même la scène se jouerait-elle sur la table de la cuisine?. :-)    Au-delà de leur aspect ludique et de l?ingéniosité déployée, les clichés de Bakonov ludiques démontrent deux choses : 1/ ils témoignent d?une véritable démarche artistique, au-delà de la simple reconstitution miniature, et d?un questionnement aigu du medium photographique. En distanciant le fond de la forme, Bakonov donne brillamment à voir la profondeur photographique des images originelles ainsi recréées. 2/ Un grand cliché, de ceux qui s?inscrivent immédiatement dans l?histoire de la photographie, dans l?histoire de l?art, parfois dans l?histoire tout court, ne tient pas qu?au heureux hasard qui a voulu que tel photographe talentueux soit présent à un moment précis. Un grand cliché tient avant tout à cette parfaite combinaison de géométrie et d?émotion, d?attention et de recherche, en un mot à tout ce qu?un photographe apporte d?humanité dans sa démarche. Et ce qui subsiste derrière la reconstitution en Lego d?un cliché célèbre, ce n?est non pas la technique mais bien l?intention, le Ur-ziel  porté par l?image qui fait immédiatement résonner dans notre esprit l?image originelle et tout se qu?elle raconte sur notre humanité. Bien loin de rédactions de presse qui appellent aujourd?hui les photographes amateurs à leur envoyer leurs clichés pour couvrir à moindre frais l?actualité et ainsi ne pas rémunérer un métier de photographe aujourd?hui réellement menacé, le travail minutieux et passionné de Balakov ne cesse de rappeler combien le regard de ces photographes professionnels nous tend un miroir permanent qui, même travesti, ne cesse de nous renvoyer une image familière mais inquiétante. Nikonov PS: vous pouvez soutenir le travail de Bakonov en vous procurant ses clichés en cliquant ici :  Mots clés Technorati : Flickr, Balakov, Lego, photographie, Cartier-Bresson, Güller, Ebbet, Riboud, recréation, Gurski, Esser, Izima, Dolron, Leibovitz
  • Ex/Po! : « Six siècles de peintures chinoises, ?uvres restaurées du musée Cernuschi », Musée Cernuschi, Paris
    Une visite au Musée Cernuschi est l?un de ces plaisirs parisiens délicats que l?on pourrait croire réservé à Londres. Profiter gracieusement au sein d?un écrin privé exceptionnel ? la belle maison d?Henri Cernuschi nichée au creux de l?avenue Vélasquez, construite à sa demande par Bouwens der Boyen et dont les fenêtres ouvrent sur les frondaisons Second Empire du Parc Monceau ? de la collection privée d?un mécène passionné d?art asiatique rappelle inlassablement ces grandes institutions britanniques où l?on peut flâner, nonchalant, admirer un Franz Hals de la cosy Wallace Collection ou parcourir un abrégé artistique du XIXème au Courtauld Institute. A l?exception du musée Jacquemart-André située d?ailleurs à quelques pas, aucun autre musée parisien ne sait proposer une visite si délicieusement ?vieux Siècle? et si passionnément ancrée dans une époque où l?on pouvait encore être banquier et avoir du goût, conjuguer fortune et élégance discrète. L?exposition « Six siècles de peintures chinoises » réunit un ensemble de 120 ?uvres restaurées faisant partie de la collection Cernuschi et dont la plupart ne furent jamais présentées au public du fait de leur état de conservation. La collection constituée par Henri Cernuschi à la fin du XIXème siècle est celle d?un passionné et par essence, fondamentalement subjective. Rassemblant un ensemble d??uvres de grands peintres de la période Ming (1368-1644) comme Wen Zhengming ou Dong Qichang et de la dynastie Qing (1644-1911), l?exposition intègre également des ?uvres ajoutées à la collection de manière posthume par le Musée et reflétant l?évolution de la peinture chinoise classique au XXème siècle confrontée aux mutations historiques et à l?ouverture forcée et longtemps traumatique à l?Occident (la République, l?occupation japonaise ou l?exode à Paris). Exposées pour la première fois, la collection de peintures chinoises rapportées d?Orient par Henri Cernuschi en 1873 au retour d?un long périple au Japon et en China a fait l?objet d?un long et minutieux travail de restauration leur donnant une deuxième vie et permettant de re-découvrir l?audace et l?originalité graphique d?artistes novateurs. La collection constitue en elle-même un témoignage historique rare sur le regard porté par un Occidental sur l?esthétique asiatique et plus particulièrement sur le rôle central de la Chine dans la constitution d?une identité culturelle asiatique dans une fin de XIXème français impressionniste tout entier voué au japonisme.                  Eric Lefebvre, Conservateur du Musée Cernuschi, aura également eu l?excellente idée de documenter le processus de restauration de ces ?uvres uniques en consacrant un film d?une vingtaine de minutes au travail des restaurateurs. Travail minutieux, ingrat souvent, passionné toujours: les restaurateurs nous font entrer dans les coulisses de l??uvre, derrière les cimaises et les rouleaux de soie et dévoilent avec humilité et tendresse les dessous de la toile, toujours admiratifs de ces ?uvres fragiles et pleines de vie. Et l?on ne peut que partager l?émotion du conservateur et de sa restauratrice quand la toile, enfin pansée, retrouve sa place et sur les cimaises du Musée et dans l?histoire de l?art. N. ?Six siècles de peintures chinoises, ?uvres restaurées du musée Cernuschi?, du 20 février au 28 juin 2009, Musée Cernuschi, 7 avenue Vélasquez, 75008 Paris Mots clés Technorati : Musée Cernuschi, Peinture chinoise, Parc Monceau, Wallace Collection, Courtauld Institute, Ming, Qing, restauration
  • Ex/Po! : ?William Eggleston ? Paris / Beatriz Milhazes? (Fondation Cartier, Paris)
    Après la sublime rétrospective de 2001, la Fondation Cartier invite à nouveau William Eggleston, l?un des pères de la photographie couleur américaine pour exposer les premières séries de son travail sur Paris, dans la lignée de ses études consacrées à Kyoto et aux univers désertiques. Depuis trois ans, Eggleston, tel un archéologue ou peut-être un entomologiste, investit Paris, ses rues, ses parcs, ses immeubles, ses quartiers, pour en dresser une cartographie du hasard, émotionnelle et sauvage et explore du même mouvement une autre approche photographique, où l?instantanéité de la prise prime sur l?esthétique. Mais perce toujours la neuve monstruosité des clichés d?Eggleston, pleinement gonflés d?une poétique de la banalité et bercée de ces couleurs qui n?appartiennent qu?à lui de dénicher au fin fonds de nos vi(e)lles: rouges saturés, bleus comme glacés de quotidien, plastique arc-en-ciel, lilas métalliques, verts de banc public, toute une palette aux teintes doucement seventies dont s?échappe comme une nostalgie instantanée. Eggleston donne à voir le vrai Paris, son vrai Paris, loin des clichés touristiques et des faux-semblants: une ville brouillonne et désemparée, sale et graffitée, banale et luxuriante, triste et colorée, une ville de proximité, loin des perspectives écrasantes et des alignements prestigieux, une ville sans architecture, une ville vivante. Vivante d?une présence quotidienne, habitée de traces, de passages, d?intentions, de haines, d?interdictions et de désirs, une ville déconstruite ramenée aux miettes que chacun y laisse au quotidien: une affiche, un auto-collant, une voiture, un mégot, un ticket de carte bancaire, une silhouette décadrée reflétée sur un trottoir battu par la pluie. Une ville sans occupant ou presque (quelques présences floues en somme), mais tenaillée par la présence humaine, dans le moindre de ses signes. une ville occupée non par l?espace, mais par le signe, la trace, la couleur, le néon, le reflet, l?ombre et la lumière. Et l?ombre. Rendons hommage à une scénographie audacieuse dans son contraste, un hall d?introduction chaud et empourprée comme une matrice où un piano mécanique égrène des séries hasardeuses et la salle d?exposition, brute, éclairée sans autre délicatesse que de présenter les clichés au format unique fichés au mur, répondant ainsi par leur hasard contigu au libre vagabondage du piano. Une ville floue, diffractée, fractale où rien ne permet d?appréhender l?ensemble de son image que son propre champ d?expérience et de perception. Une ville au jour le jour, hideuse, terrible, hostile et pourtant irrésistiblement familière car hantée par la présence invisible de sa plus minime humanité, celle d?un journal abandonné sur le sol, d?un gobelet gisant au pied d?une poubelle, d?un reflet qu?on abandonne dans une vitrine.        ?C?est chez moi, ça !? s?exclame une visiteuse résumant d?un sentence lapidaire accompagnée d?un haussement de sourcil mi-frondeur, mi-ironique son sentiment devant le cliché en gros plan d?une nacelle de manège aux couleurs criardes. C?est bien là l?extrême talent de William Eggleston : rendre sensible, rendre visible ce Heimat, cette patrie intérieure qu?on ne reconnaît pas, cette Kleine Nachtmusik du quotidien, ce faisceau de petites banalités qui font notre ?chez moi?. En marchant ouvertement dans les traces d?Eugene Atget avec le projet de dresser le portrait de Paris comme son aîné l?avait fait au début du XXème siècle, Eggleston ne vise rien d?autre qu?à s?inscrire dans le temps historique nouveau, ce temps hyper moderne où l?indication temporelle est bien moins donnée par l?émergence d?un style distinctif ou d?une atmosphère que par le cliché d?une couverture d?un magazine affichant les piteuses aventures de telle météorite médiatique accouchée d?une émission de télé-réalité. ***   Née à Rio de Janeiro, Beatriz Milhazes  est l?une des figures emblématiques du retour à la peinture des artistes brésiliens des années 80, en réaction à l?aridité de la génération de l?arte povera et du néo-concrétisme. A l?opposé de l?art de son compatriote Cildo Meireles, la luxuriance, le végétalisme, le barroco-pop de Milhazes agissent comme un palimpseste culturel et populaire, industrialisant l?usage du collage-cathédrale à un niveau de démesure quasi-gothique. Assimilant sacré et profane, emballage de bonbons et ostensoirs, Milhazes livre une ?uvre en forme de vitraux de papier, de plastifications post-colombiennes, de véritables monuments païens rappelant cette vieille Europe qui s?enthousiasmait pour la vitalité candide des peuples découverts et se prenait de passion, qui pour ces oiseaux multicolores, qui pour ses plantes aux parures foisonnantes? Ces toiles-univers révèlent comme  une déflagration coloniale et autochtone, disque solaire absorbant l?énergie de Kupka et Klimt, Malevitch et Rothko, Delaunay et Eckhout pour en ressortir intrinsèquement brésilien, pur métissage, pure adoration totémique, pur carnage populaire et laisse deviner un lointain parfum de Frida Kahlo emportée dans la chaleur des Amazones. A l?invitation de la Fondation, Beatriz Milhazes a également habillée deux des baies vitrées donnant sur le jardin sauvage qui entoure le bâtiment dessiné par Jean Nouvel et fait émerger un subtil jeu de résonnance entre les lignes austères de l?architecture et la nature environnante qui tente de s?insinuer entre le verre et le béton. Une heureuse initiative qui démontre que la Fondation est autant un lieu de création artistique qu?un espace d?exposition.               N./ ?William Eggleston: Paris? et ?Beatriz Milhazes?, du 4 avril au 21 juin 2009, Fondation Cartier, 261, Boulevard Raspail, 75014 Paris Mots clés Technorati : William Eggleston, photographie, Kyoto, Paris, urbanisme, Beatriz Milhazes, Brésil, baroque, collage
  • Le Single de la semaine #24: Feel Good / Feel bad Songs (vol.6) ? Teenage Riots!!
      Konbawa!Le grand retour des singles de la semaine après des mois de vagabondage loin des plages numériques?. En ces temps difficiles où l?on se vautre dans la (bip), où l?on manifeste contre la (bip) faute d?autre chose, où l?on conjecture sur la résonnance que la (bip) aura sur l?art contemporain et où l?on veut voir dans le moindre frémissement des statistiques de la Fed les augures annonçant avec certitude la fin de la (bip), que faire d?autre sinon retourner à cet état d?adolescence permanent pour, enfin en phase avec le monde et son esprit de lourdeur, s?enquérir de nos petites rebellions dépressives et, dans un grand claquement de porte, congédier et l?univers tout entier et nos problèmes d?acné pour se plonger avec délice dans la violence surannée de nos anciennes afflictions. ?Takes a teenage riot to get me out of bed right now? chantait ironiquement Sonic Youth? Rien n?aurait donc changé depuis 1988? Signons donc un billet adolescent aux deux visages. - Le (feel good) single : Serj Tankian, ?Money? sur l'album "Elect The Dead" (2007) A ceux qui pensent que le Liban n?a récemment accouché musicalement que du Freddy Mercuresque Mika, dont la pop néo-niaise agita l?espace d?un instant les fessiers moulés en All for Mankind de quelques unes de mes ex-connaissances du microcosme communicant et publicitaire, je leur réponds: ?Untel est un sot. C?est moi qui le dit. C?est lui qui le prouve? (Denis Diderot, jamais en mal d?un bon mauvais mot). Or donc, le Liban nous a aussi donné à connaître le dénommé Serj Tankian, leader libanais d?origine arménienne du groupe de nu metal System of A Down et artiste engagé s?il en est. Serj (tu permets que je t?appelle Serj?) aspire, comme tout leader de groupe aimant à faire du bruit se respectant, à quitter ce statut hâtivement étiqueté sur son front hâlé par une presse à courte vue et vise rien moins qu?endosser les habits des grandes consciences contestataires. Soit. A la différence du grotesque et bouffi Axl Rose, ce n?est pas à la Jack Daniels qu?il carbure, mais bien plutôt à la dénonciation des grandes pandémies de nos temps modernes : les ravages écologiques, les politiciens pourris, la corruption, la religion, l?argent. Soit. L?artiste s?était déjà fait remarquer en Septembre 2001 en publiant quelques jours après les attentats de NYC un post intitulé ?Understanding Oil? (dont acte) d?une rare audace détaillant au microcosme des headbangers ébahis les relations secrètes reliant Nostradamus, W Bush et les talibans. Sony s?empressa de faire disparaître le billet et la polémique fit de Serj Tankian une figure iconoclaste aux Etats-Unis. Revenu à la musique après avoir mené une courageuse campagne militant pour la reconnaissance du génocide arménien par les Etats-Unis en 2005, Tankian se devait de faire désormais coîncider son art et ses convictions. Chose faite, et de quelle manière, avec ?Money? premier single extrait de son premier album solo. Le single en lui même est un condensé éclectique de ce qu?un métalleux peut imaginer comme rupture ontologique. Arpèges d?introduction  au piano oscillant entre un Philip Glass de supermarché et un Aphex Twin graisseux, harmoniques de guitares interrompues par une poussée d?hormones soudaines et une voix comme muant, entre graves caverneux et stridences hurlantes. Saupoudrons le tout de lyrics enragés dénonçant l?argent contaminateur à grands coups de mots grandiloquents tout droit sortis d?une première lecture enthousiaste des ?Cinq Leçons sur la Psychanalyse? de Freud et nous tenons là l?une des plus émouvantes manifestations de révolte boutonneuse. Est-ce à dire que ce single ne mérite pas le détour? Que nenni, tant dans sa touchante candeur, il offre à entendre la bande-son de toutes nos adolescences: naïve et dramatique, maladroite et grandiose, pleines de promesses définitivement oubliées. Un titre majeur assurément quand comme moi, l?on a encore parfois quatorze ans et demi? NB : j?offrirai volontiers un verre à celui qui me fera découvrir le sens caché de la superbe métaphore enchâssée dans les paroles de ce brûlot teenager :-) : ?dancing bears of eroticism?? ?? WTF ?? Waning patiencePeople appetiteDispositionThis possessionDispossessed from all the attractions,Dancing bears of eroticism,Self absorbed delusionInclusion of dysfunctionI now await the triumphantLost baggage, train station, The cause of ineptitudeCan be traced to my mandatory down,The cause of my servitudeCan be traced to the tyranny of (x2) Money,All for money,Make your money,Hide your money,Stuff your money,Hump your moneySave your moneyAll for money (x4) My final surrenderAway from inclusionI now await the triumphantLeft baggage, train station                       - Le (feel bad) single : Alice in Chains, "Nutshell? sur l'album "Unplugged" (1996) C?est bien le propre de l?adolescence que de trouver le repos dans de douces dépressions. Quelle autre groupe pouvait mieux accompagner mes incartades nostalgiques qu?Alice in Chains, objet musical non identifié rapidement catalogué ?grunge? par la presse car venu de Seattle mais qui restera toujours en marge des influences melvin-zeppeliennes propres à leurs camarades de jeux. Alice in Chains, c?est d?abord un son unique, tortueux et harmonique, grinçant et hypnotique, la basse enveloppante de Mike Inez et le jeu presque jazz de Sean Kinney donnant avant tout à entendre les partitions labyrinthes et arabisantes de Jerry Cantrell, seul véritable héritier de la filiation Hendricks dans ses changements de tonalité et sa fluidité technique. Et la voix, la voix spectrale, la voix glaçante de Layne Staley. Certains en font l?un des chanteurs rocks les plus marquants des trente dernières années, tant la tonalité si particulière de la voix de Staley suffisait à transformer un simple heavy blues en sidérante ballade funèbre et hallucinée. Comme porté par le déluge sonore distant envoyé par ses compagnons d?armes, Staley survolait les partitions comme d?autres les champs de bataille, livrant des incantations d?une noirceur inédite, en prise directe avec l?univers oppressif et angoissant de ses bad trips continus liés à son addiction à l?héroïne. Quoi donc de plus naturel pour les adolescents que nous étions de trouver là quelque réconfort à écouter cette voix venue d?outre-tombe rendant soudainement tous nos supposées afflictions existentielles futiles et misérables. L'impossible noirceur d?Alice in Chains, à côté de laquelle les opus de Nirvana laissaient sourdre une tonalité presque pop empruntée aux Beatles, était comme la Lost Highway de David Lynch, une autoroute perdue menant tout droit vers le désert, la paranoïa, le néant. Malade, intoxiqué, dépressif, Staley, passant de cure de désintoxication en dépressions chroniques, ne fut que rarement en mesure de défendre sur scène les diamants noirs que le groupe gravait en studio, dans les fourneaux de la dernière grande crise économique du millénaire (Facelift, 1990, Dirt, et Sap, 1992, Jar of Flies, 1994 et Alice in Chains, 1995). En 1996 toutefois, trois ans après leur dernier concert public, les membres du groupe se réunissaient lors d?une session MTV Unplugged devenue légendaire et surpassant pour beaucoup en émotion et en musicalité la session pourtant exceptionnelle de Nirvana. Sur la pochette de l?album, on aperçoit en fond l?ombre spectrale de Staley, comme s?il devait n?être déjà plus qu?un fantôme à lui même. Staley y apparaît brisé, au bord du gouffre, se débâtant manifestement avec son addiction à l?héroïne, et livre pourtant une prestation magistrale, passant en revue les standards du groupe pour donner à entendre des versions terribles de dépouillement. ?Nutshell? condense peut-être à l?extrême cet état d?adolescence: un esprit torturé dans une existence  trop grande pour lui. Sans revendication, sans hypocrisie, sans jamais chercher dans la société une cause qui l?exempterait de ses propres faiblesses, Layne Staley affrontait son malaise adolescent, cet état de disgrâce où rien ne trouve sa place et laisse émerger d?entre les jointures mal assemblées les maladives et tenaces volutes de la dépression volontaire, cette aspiration vers le bas et la nostalgie des enfances perdues. On espérait que Staley trouve l?apaisement dans la musique, comme l?enregistrement de l?album ?Above? avec quelques amis de la scène de Seattle au sein du groupe Mad Season pouvait le laisser croire. Staley y semblait éloigné de l?über-Angst qui le tenaillait. En 2002, huit ans après Kurt Cobain et un an avant Elliott Smith, il était retrouvé mort d?une overdose dans son domicile où il vivait reclus depuis six ans après le décès de sa compagne. Et depuis, nous prospérons. Bourgeoisement. We chase misprinted liesWe face the path of timeAnd yet I fightAnd yet I fightThis battle all aloneNo one to cry toNo place to call homeOooh...oooh...My gift of self is rapedMy privacy is rakedAnd yet I findAnd yet I findRepeating in my headIf I cant be my ownI?d feel better dead Sayonara ! f*$k_nico_666 Mots clés Technorati : Serj Tankian, Money, Elect the Dead, System of A Down, adolescence, Freud, Alice in Chains, Layne Staley, Jerry Cantrell, Nutshell, Unplugged, Elliott Smith, Led Zeppelin, Mad Season, Angst
  • ?Chercher le bonheur dans cette vie, c'est là le véritable esprit de rébellion? (Henrik Ibsen, Les Revenants)
    C?est vrai, je l?admets, l?hiver a été dur? je ne m?étendrai pas ici sur le climat économique :-) mais le temps m?a manqué pour publier le moindre billet depuis fort longtemps (le 13 janvier très exactement)?. Morosité hivernale donc, pression professionnelle sans doute et quelques événements personnels qui m?occupèrent l?esprit avec cette insistance particulière aux grands projets et aux vraies révolutions ? :-) Qu?importe, en ce début de printemps, il importe de laisser derrière soi les vieilles antiennes et de délaisser Twitter comme seul medium de communication numérique. Back to basics, back to writing ! S?il m?est difficile de rattraper le temps perdu, il me sera plus aisé d?accoucher ici d?une de ces listes chères aux esprits malades et à Charles Dantzig (dont je ne saurais que trop vous recommander la lecture délicieuse de son ?Encyclopédie capricieuse du tout et du rien? ? Ed. Grasset, qui, d?élucubrations savantes en considérations inactuelles, mène le lecteur par le bout du nez le long de chemins de traverses  culturels savoureux). Voici donc en un clin d?oeil résumé la longue liste de ce que vous ne lirez (probablement) pas sur Next Exit Please :- Un séjour londonien so british, cheminant mews et crescents en même compagnie que dix ans auparavant- Exposition ?Francis Bacon?, Londres, Tate Britain (Décembre 2008): sublime, forcément sublime- Exposition ?Cildo Meireles?, Londres, Tate Modern (Décembre 2008): déroutant, entre imposture sidérale et chamanisme contemporain- Exposition ?Rothko: The Late Series?, Londres, Tate Modern (Décembre 2008) : les oeuvres crépusculaires de Rothko, dessinant à l?ombre de sa légende une plongée noire et lumineuse dans les abysses de l?art- Exposition ?New Chinese Art?, Londres, Saatchi Gallery (Décembre 2008) : Zhang Dali, Zeng Fanzhi, Wang Guangyi, Zheng Guogu, Zhang Hongtu, Zhang Huan, Qiu Jie, Xiang Jing,  Shi Jinsong, Fang Lijun,  Yue Minjun, Li Qing, Wu Shanzhuan, Shen Shaomin, Li Songsong, Zhan Wang, Liu Wei, Zhang Xiaogang,  Cang Xin, Shi Xinning, Bai Yiluo, Sun Yuan and Peng Yu,Feng Zhengjie?. Dans cette liste se dissimulent trois artistes. Dénichez les les imposteurs. Vous avez 10 minutes.- Exposition ?Wild Life Photographer of the Year 2008?, Londres, Natural History Museum, (Janvier 2009) - Exposition ?70?: la photographie américaine?, Paris, BNF Richelieu (Janvier 2009)- Exposition ?Estampes Japonaises: Images d?un monde éphémère?, Paris, BNF Richelieu: 36 vues, 53 étapes et l?émergence d?un dire esthétique absolu (Janvier 2009)- Exposition ?Robert Frank?, Paris, Jeu de Paume (Mars 2009): voir et revoir les planches américaines et découvrir cet autre Frank humaniste, celui de la jeunesse photographiant Paris comme des moments volés- Exposition ?Le Grand Monde d?Andy Warhol?, Paris, Grand Palais: factory, factory they said? art made industrial made art (Mars 2009)- La plus belle discussion de ce début d?année en contemplant Victoria Bay lové dans le Lobby Lounge (Février 2009)- Le meilleur shopping photographique qui soit chez Wing Shing Camera, noyé dans la tidal wave populaire de Mongkok, sentant battre et résonner le coeur agitée d?une ville effervescente- La plage déserte de Shek O un matin, les cerfs-volants, la bonhomie tranquille du village- La lecture, sereine, d?un opus shakespearin de Cormac McCarthy (Des Villes dans la Plaine) oublieux de la chaleur des après-midis cambodgiens- Un celebration dinner non planifié chez Pierre (Gagnaire) au sommet du Mandarin Oriental, Hong Kong Island- Un séjour presque mystique au coeur de l?empire khmer, au creux d?un coucher de soleil sur le Bayon, laissant le temps faire son oeuvre, learning patience- Le meilleur phad thai de Bangkok chez Thip Samai (0,5?): être le seul étranger dans la salle et pourtant ne pas être seul- Un diner exquis, qui lui n?était pas impromptu, chez Hutong, perdu dans les cieux du 1, Peking Road, Kowloon- Des films, des grands, des petits, des tordus, des mal-aimés, des manifestes, des épitaphes, des mondes entiers pour débattre et penser (et occasionnellement y trouver un prétexte pour une crêpe?)- et tout ce qui reste à venir?. L?image plutôt qu?un long discours, l?image plutôt que le désamour?***olasnicolasnicolasnicolasolasnicolasnicolasnicolasolasnicolasnicolasni Mots clés Technorati : Actualités, Voyages, Expositions, Cinéma, cambodge, Hong Kong, Asie, bangkok, Phad Thai, Francis Bacon, Japonisme, BNF, photographie
  • Ex/Po!: ?Van Dyck? '(Musée Jacquemart-André, Paris)
    Célébrant l?automne à sa façon, le musée Jacquemart-André accueille depuis Octobre une courte mais intense rétrospective de portraits de Van Dyck, réunissant des toiles venus des plus grandes collections internationales (L?Ermitage, Museo Thyssen-Bornemisza, Getty Museum, KunstMuseum de Vienne) et célébrant l?exceptionnel talent de portraitiste d?un des peintres les plus talentueux de sa génération. En l?espace de quarante ans, Antoon Van Dyck s?imposera en effet comme le portraitiste attitré d?abord de la bourgeoisie anversoise avant d?effectuer son voyage en Italie qui lui ouvrira les portes des demeures patriciennes de Gênes puis celle du Royaume d?Angleterre sous le règne des Stuart. Peintre virtuose qui fit ses classes dans l?atelier de Rubens en tant qu?assistant, Van Dyck se mit rapidement à son compte dans sa ville natale d?Anvers, s?inspirant tant de la tradition du portrait flamand que de la manière de la Renaissance pour réaliser les portraits de la noblesse locale, n?oubliant jamais grâce à la souplesse de son coup de pinceau de magnifier ses commanditaires et de transformer n?importe quel bourgeois argenté en auguste patricien immortalisé par la subtilité et la vivacité psychologique de sa touche. Ainsi, son ?Portrait de famille? de 1620 transforme un simple portrait bourgeois (le mari, la femme, l?enfant) en trinité moderne, où l?étonnante contemporanéité des visages, la délicatesse des modelés ou la construction oblique des regards l?ensemble font échapper l?ensemble à la scène de genre et inspirent une forme de mélancolie savante, à l?image du visage de cette jeune, rond et pourtant déjà marqué par la vie. Cette première période anversoise culmine avec le ?Portrait de Thomas Howard, Comte d?Arundel? de 1621, où Van Dyck, plein d?une audace toute assurée par son talent, livre un portrait presque iconoclaste, jouant de la pose du modèle, s?enthousiasmant dans la réalisation du velouté des tissus ou allant jusqu?à rendre les chairs transparentes jusqu?à en voir le bleuté des veines.                             D?une technique virtuose et d?une  acuité psychologique étonnante pour un artiste aussi jeune (il a tout juste vingt ans passés), ces portraits augurent de la manière Van Dyck, faite d?un talent d?observation qui n?a rien à envier à la maitrise technique. Pourtant, en dépit de cette facilité évidente à transcrire sur la toile l?intériorité de ses modèles, le jeune Van Dyck, non exempt d?une certaine arrogance (qui transparaît magnifiquement sur son ?Autoportrait? de 1622, où l?artiste apparaît fiévreux, de front, le visage baigné d?une lumière hivernale, vêtu comme un aristocrate bohême du XXème siècle), se verra refuser l?accès à la cour d?Angleterre et s?en ira entreprendre entre 1621 et 1627 son voyage en Italie pour approfondir sa connaissances des maîtres italiens et puiser auprès des Bergamasques et des Vénitiens (Moroni, Titien) une nouvelle approche de la lumière et du portrait.                                                    Ses ?Portraits d?hommes?   (1624) témoignent d?une évolution notable de sa façon, sa palette se nimbant d?ocre et de couleurs mordorées, mais ses sujets conservent, en dépit de leur condition sociale modeste (Van Dyck représentant souvent ses amis peintres et s?affirmant comme l?un des premiers à revendiquer la noblesse de l?artiste), une élégance aristocratique innée. Mains longues ou lourdes, toujours parées de bijoux, les hommes de Van Dyck s?avancent au monde, fiers et confiants en leur destinée forcément magnifique, le poignet reposant sur une épée qui jamais ne sera tirée. A son retour à Anvers à la fin de 1627, Van Dyck tire profit de son séjour italien et met en ?uvre les nouvelles leçons qu?il en a tirées; il abandonne la stricte rigueur flamande qui commandait auparavant à son art du portrait pour humaniser ses modèles et leur conférer une sorte de grâce détachée de monde, une sprezzatura qui tranche avec l?exubérance des costumes et des parures aux couleurs somptueuses. Le Portrait de ?Jacques le Roy (1631), bourgeois superbe au regard lointain absorbé par la contemplation de sa destinée, grimpant les échelons de la pyramide sociale une lettre de cachet à la main ou celui de Maria de Tassis (1630), vêtue à la française, toute entière engoncée dans une carapace sublime de soies et de velours délicats, son visage diaphane enchâssant des lèvres adolescentes sur-dramatisées rappellent à quel point Van Dyck fait du portrait un miroir déformant, magnifiant les corps et dévoilant les âmes. Les portraits  de Jacob de Witte (1627-1631) ou Filippo Francesco d?Este (1634) révèlent au-delà des apparences les pesanteurs des conventions aristocratiques et l?étroitesse des horizons promis à ces petits jeunes hommes princiers, forcément princiers.         L?exceptionnelle collection de portraits anversois et de dessins et gravures lui ouvriront enfin les portes de la cour de Charles Ier, qui, dès 1633 en fera le premier peintre ordinaire de Sa Majesté. Devenu portraitiste favori de la cour, Van Dyck achèvera sa propre ascension sociale si souvent mise en scène pour ses commanditaires en se voyant anobli par le roi et titulaire d?une généreuse pension. C?est pourtant dans ces dernières années que Van Dyck poussera dans ses retranchements son art pour donner naissance à une certaine école anglaise du portrait, perpétuée ensuite au XVIIIème siècle par Gainsborough, Raeburn, Reynolds ou plus tardivement Constable. Parvenant à un subtil équilibre entre l?exigence de grandeur et une souplesse jusqu?alors absente des portraits royaux, Van Dyck sera l?un des grands artisans du renouveau du portrait en Angleterre et assurera la postérité de Charles Ier, dont le portrait officiel de 1637 offre une vision rock and roll  d?un roi débarrassée de la pompe ridicule de l?Ordre de la Jarretière dont il fut pourtant l?un des ardents rédempteurs. Exposition remarquable en dépit d?une scénographie peu adaptée à l?étroitesse des lieux, cette rétrospective agit comme un portrait en creux de l?artiste lui-même, le suivant dans ses voyages et ses rencontres, mais accompagnant aussi sa propre ascension sociale, de la bourgeoise drapière à l?anoblissement britannique, et rappelle, à qui veut bien la voir, la modernité parfois terrible des portraits de Van Dyck, reflet d?un XVIIème siècle brillant et capitaliste, bourgeois et égoïste qui inaugurera en 1689 avec la fin du règne des Stuart le sacre de l?individu et qui se révèle finalement bien peu éloigné du nôtre. N. ?Van Dyck?, Musée Jacquemard-André, du 8 octobre 2008 au 25 janvier 2009, 158, Boulevard Haussman, 75008, Paris Mots clés Technorati : Van Dyck, Hollande, portraits, Charles1er, Angleterre, aristocratie, Lucas Vosterman, Thyssen-Bornemisza, Jacquemart-André
  • Ex/Po!: ?Objectivités: la photographie à Düsseldorf? (Musée d?Art Moderne de la Ville de Paris)
    Excellente initiative prise par le Musée d?Art Moderne de Paris de réunir, à l?occasion de la saison France ? Nordrhein-Westfalen 2008/2009 une rétrospective large et souvent passionnante regroupant les photographes dits de ?l?école de Düsseldorf?. On pourra longtemps disserter sur la manie qu?ont les critiques de toujours vouloir réunir sous un terme générique des personnalités artistiques aussi divergentes dans leurs intentions mêmes ainsi que sur le titre même de l?exposition, l?objectivité prétendument recherchée par deux générations de photographes allemands recouvrant manifestement des champs sémantiques bien différents.  D?objectivité, on en trouvera fort peu dans cette rétrospective, tant l?intention, qu?elle soit entomologique, scientifique, sociologique, politique ou finalement esthétique dans les années 90/2000, émerge de ces clichés censés rendre précisément compte de la réalité, témoignés du ?hic et nunc? cher à Susan Sontag dans ?Sur la Photographie?. La photographie, littéralement ?l?écriture de la lumière? est avant tout affaire de mesure. Mesure de la lumière, mesure de l?exposition, mesure de la distance. Bref, mesure de l?homme dans ce qu?il apporte de lui-même dans ce cliché, dans l?infime modification qui s?opère entre la chose vraie (noumène, au sens kantien) et sa représentation phénoménale. C?est d?abord dans l?art pictural que naît l?école de Düsseldorf. Quand Bernd Becher arrive à Düsseldorf, la ville est déjà un laboratoire expérimental pour l?avant-garde artistique. Polke et Richter y ont suivi les enseignements de Joseph Beuys et militent pour le retour en grâce de la figuration dans l?art pictural après plusieurs décennies d?abstraction et de détournement du medium lui-même. Les commissaires de l?exposition rappellent cette influence majeure à travers les travaux photographiques méconnus de Richter et Polke. Accumulation monochrome de souvenirs personnels et de photos de presse pour le premier, constituant son ?Atlas? personnel (1972); autopsie chirurgicale des mythes contemporains et de la valeur de l?image à l?âge de sa reproduction infinie chez le second (?Miradors?). Ces travaux, bien que d?une valeur photographique mineure, engagent une réflexion sur la valeur intrinsèque de la photographie en tant qu?approche artistique ?objective?, ce qui correspond moins à un témoignage brut et distancié de la réalité que cette intention richterienne organisant la mise en collision de l?intime et du global pour donner à voir une ?image totale du monde?, objective, car reflétant tout en ne reflétant rien. C?est avec l??uvre documentaire des époux Becher que l?école de Düsseldorf, dans sa première acception du terme, trouve sa posture théorique. En donnant à voir ce qui est encore et qui bientôt ne sera plus (les sites industriels allemands menacés par la désindustrialisation du pays à partir des années 60), Bernd et Hilla Becher se livrent à un inventaire méthodique et quasi-scientifique d?un patrimoine architectural en voie d?extinction. Leurs clichés obéissent à un protocole opératoire immuable qui confère à l?ensemble de ces séries homogènes ce caractère d?objectivité, tant par l?objet de la prise de vue (bâtiment fonctionnel sans qualité esthétique intrinsèque) que par la méthodologie employée (lumière neutre, cadrage frontal et serré, absence totale de théâtralisation, élimination de toute présence humaine, regroupement des tirages par typologie de site visité?.). De ces séries froides et formelles naît pourtant un sentiment étrange, entre prise de conscience de l?existence de ces architectures ?invisibles? et forme de nostalgie post-historique propre à la fin de cette révolution industrielle. Autour de ce travail initiateur va se développer la première école de l?objectivité allemande, constitué autour du couple Becher, alors professeurs à la Kunst Academie de Düsseldorf. Reprenant le procédé de l?approche sérielle, Lothar Baumgarten, Katharina Sieverding, Candida Höfer, Petra Wunderlich, Ursula Schulz-Dornburg ou Andreas Gursky dessinent alors un panorama contemporain du monde qui les entoure, traitant aussi bien la nature, l?architecture, le paysage, le portrait ou le documentaire. Cette première génération s?essaye à toutes les déclinaisons de cette méthodologie photographique sans jamais atteindre l?aridité systémique des Becher, preuve s?il en est que photographier, c?est avant tout choisir et que l?objectivité de la chose, une fois visée, devient subjectivité assumée. Les clichés d?Ursula Schulz-Dornburg, en dépit de leur distance affichée, montrent bien en quoi l?école de Düsseldorf est une école du regard et non de la vision. Dans ses clichés arméniens, l?intention esthétique et critique se mêlent en une synthèse brillante et austère racontant mieux qu?aucun texte l?absurdité de l?occupation soviétique.                Dans les années 80, la deuxième génération de l?école de Düsseldorf s?affranchit progressivement des contraintes protocolaires et étend son champ d?expression, en introduisant la couleur et en faisant sienne des formats toujours plus grands. Cette extension du domaine de la forme signifie le glissement sensible de l?école de Düsseldorf du concept formel à l?expression artistique, et dans une révolution improbable, ravive les cendres de la Renaissance en redonnant au portrait ou au paysage leurs lettres de noblesse. Si les grands formats de Katherina Sieverding perpétuent une recherche formelle jouant avec le spectateur, les portraits de Thomas Ruff, eux, ne peuvent faire oublier qu?ils doivent autant à la prise de vue mécanique d?un Photomaton qu?aux tableaux des maîtres allemands et flamands  du XVIème siècle.  Les clichés monumentaux d?Andreas Gursky, où l?homme apparaît en miniature dans un espace minutieusement détaillé par l?assemblage numérique d?une infinité d?images, les all-over remplis d?une nature invasive ou les scènes de musées oppressantes de Thomas Struth ou l?assimilation de la tradition picturale (du Quattrocento aux impressionnistes français) par Elger Esser témoignent finalement d?une vitalité étonnante, loin des dogmes castrateurs et laissent la part belle à la recherche artistique (en recourant notamment au montage sur Diasec).             C?est aussi dans le questionnement du medium photographique que les photographes allemands continuent à interroger le concept d?objectivité. Devenue numérique, quelle est la valeur documentaire de l?image aujourd?hui? Si la manipulation photographique est née avec l?invention même de la photographie, comment peut-on aujourd?hui témoigner de la réalité de l?objet quand il est si simple de dénaturer son authenticité et représenter ce qui n?existe pas? Dans son impressionnante série ?Jpeg, Thomas Ruff met en évidence l?épuisement de l?image du fait de son ultra-médiatisation, comme si l?ère numérique, loin de promettre une vie éternelle au cliché gravé sur un disque et reproductible à l?infini, devait au contraire mener à sa sur-exploitation et, telle une terre trop souvent labourée, ne plus être en mesure de faire surgir la vérité, mais uniquement une confusion du sens même de l?image, semblable à un brouet de pixels, à force d?être vue et avalée.                           L??uvre qui clôt l?exposition résume bien le chemin emprunté par l?école de Düsseldorf et symbolise aussi peut-être l?impasse propre à toute conception théorique pure. Dans ?Le Réservoir?, Jörg Sasse, invite le spectateur à choisir au hasard  une des très nombreuses photographies contenues dans une armoire en aluminium. Une fois la ou les photographies choisies, le visiteur décide de son accrochage sur le mur. Ainsi, de l?approche sérielle des Becher au jeu de hasard proposé par Sasse en passant par l?épuisement de l?image du fait du support numérique, l?école de Düsseldorf n?a jamais cessé d?interroger le rapport à l?image en tant qu?objet de regard et finalement notre rapport au monde.                                                                         ***PS : retard aidant, ce n?est que maintenant que l?exposition est close que je prends le temps d?écrire cette chronique sur cette remarquable rétrospective photographique. Pour éviter de nouvelles mésaventures :-), je vous invite dès aujourd?hui à aller rendre visite aux jeunes photographes exposés à la Bibliothèque Nationale de France François Mitterrand dans le cadre des prix de la bourse du Talent. Les oeuvres exposées démontrent la vitalité de ce medium en France, dont les clichés marchent d?ailleurs souvent dans les traces de Bernd et Hilla Becher (pour la leçon de rigueur des ?Territoires occupés? de Jean Frémiot, les portraits-système de Steffen Rault), d?Elger Esser pour Marilia Destot et sa série sensible ?Ellipses? ou cherchent l?inspiration chez Martin Parr (Stéphanie Lacombe et sa série ?Les Français à table?). N://# ?Objectivités: la photographie à Düsseldorf?, Musée d?Art Moderne de Paris / ARC, du 4 octobre 2008 au 4 janvier 2009, 11 avenue du Président Wilson, 75116 Paris ?Jeunes photographes de la Bourse du Talent?, Bibliothèque Nationale de France, site François-Mitterrand / Allée Julien Cain, du 19 décembre 2008 - 22 février 2009, accès libre Mots clés Technorati : Objectivités, l'école de Düsseldorf, Bern et Hilla Becher, Polcke, Richter, Beuys, Andreas Gursky, Thomas Ruff, Thomas Struth, Ursula Schulz-Dornburg, Katharina Sieverding, Candida Höfer
  • Le Single de la semaine #23: Feel Good / Feel bad Songs (vol.5) - You Make Me Sick, I Make Music!
    Konbawa!C'est la crise mais c'est bientôt les soldes! Je devais déménager mais je ne déménage pas ? L'Euro est fort mais la Livre Sterling est au plus-bas... ! Profitons-en pour partir en cours exil grand britton et puiser au coeur de Chelsea et Belgravia quelques chemises Windsor slim fitted, un sidecase Dunhill pour les week-ends à deux pour nous aussi nous la raconter façon Jude Law & Sexy Sadie et piocher quelques singles propres à inspirer accompagner nos ups & downs en 2009. - Le (feel good) single : The Dandy Warhols, "Get Off" sur l'album "Thirteen Tales From Urban Bohemia" (2000) Il n'y a pas qu'à Seattle qu'une scène musicale s'est développée dans le paysage américain. Quand les derniers feux du renouveau rock finissaient de rougeoyer autour de Rainy City pour finalement s'éteindre dans un revival grotesque, Portland, Oregon, s'éveillait et prenait le relai; mais là où la vague grunge trouvait son inspiration en Grande-Bretagne, obnubilé qui par les puretés mélodiques de Beatles (Nirvana) ou par reptations de Led Zeppelin et Black Sabbath (Pearl Jam, Soundgarden, Alice in Chains), l'inspiration qui soufflait à Portland empruntait aussi à New York et à sa scène alternative des années 60. Très influencés (comme leur nom l'indique) par le Velvet Underground, The Dandy Warhols mettent en musique une pop psychédélique mâtinée d'emprunts rock et acoustique qui les font sonner comme les petits cousins dégingandés de la bande à Lou Reed. Soutenus par le public européen et quelques radios universitaires US, The Dandy Warhols atteindront le seuil de la reconnaissance internationale avec leur deuxième album "The Dandy Warhols Come Down" contenant quelques pépites devenues des classiques feel goods songs (Boys Better, Every Day should be a Holiday) et le superbe "Thirteen Tales from urban Bohemia", qui non content de receler la happy bombe Bohemian like You offrait avec "Get Off" une feel good song imparable, samplant les borborygmes western d'Ennio Morricone dans "Mon Nom est Personne" et multipliant à l'infini les lignes de chant autour d'une mélodie qui va droit au but et qui inspirera plus tard des artistes comme Cake et même le Rufus Wainwright de "Want To". Une petite merveille de trois minutes, familière comme un Jean's usé et qui ne cesse de clamer "All I wanna do is get off / I feel  it, I feel it babe" ne peut avoir tort...             The Dandy Warhols - Get off Yeah like it or not Like a ball and a chain All I want to do is get off I feel it for a minute babe Hot diggity dog, I love god all the same But all i wanna do is get off I feel it, I feel it, I feel it babe! Baby, come on yeah If you have a hard time gettin' there, maybe you're gone If you find, you find yourself forget yourself Yeah maybe I fought once thought I was saved But all I wanna do is get off and feel it for a minute like the real thing baby Baby, come on yeah... (chorus bis repetita)- Le (feel bad) single : Arcade Fire, "Une Année Sans Lumière" sur l'album "Funeral" (2004) Le Canada est un grand pays de musique. C'est dit. La vitalité des scénes de Montreal, Toronto, Vancouver et leur ouverture aux influences diverses laissent souvent pantois. Quand le voisin américain s'auto-parodie et que l'Europe recycle la nouvelle nouvelle vague pour la n-ième fois, les artistes canadiens font entendre une voix différente, multi-culturelle et se s'enfermant pas dans une quelconque chapelle qu'elle soit post-rock, indie, alternative ou progressive... Il y a d'ailleurs fort à parier que les belles surprises musicales en ces temps de crise viendront bien plus sûrement du Canada que de la vieille Europe, tant leur capacité à conjuguer écriture, mélodie et engagement politique ne trouve nul pareil aujourd'hui. Arcade Fire, comme A Silver Mount Zion, Godspeed You, Black Emperor!, Bran van 3000, Metric, Pas Chic Chic ou Radio Radio, invente une identité musicale propre qui pioche dans tous les registres et les styles et n'hésite pas à faire dialoguer les violoncelles et les guitares, les orgues et les accordéons. Si Arcade Fire est l'un des représentants les plus rock de cette scène montréalaise, le groupe de Wim Butler et Régine Chassagne lui fait régulièrement des infidélités folk ou instrumentales, rappelant que l'expérimentation demeure le maître-mot des collectifs canadiens. "Une Année sans Lumière", bien qu'enregistré en 2004 sur leur premier album, pourrait aisément servir de bande originale à 2008 en compagnie du "Junk Bond Trader" d'Elliott Smith, tant l'actualité n'aura laissé que peu de place aux euphories passagères. Mélancolique et minimaliste, ce titre finit par monter lentement en puissance et laisse l'auditeur perplexe devant une telle puissance maîtrisée.                                                            Arcade Fire - Une année sans lumière (live) Hey! the street lights all burnt out une année sans lumiere je monte un cheval qui porte des oeilleres hey! my eyes are shooting sparks la nuit, mes yeux t'eclairent ne dis pas à ton père qu'il porte des oeilleres hey, your old man should know if you see a shadow, there's something there Sayonara ! N Mots clés Technorati : The Dandy Warhols, Get Off, Thirteen Tales of Urban Bohemia, The Arcade Fire, une année sans lumière, Funeral, Velvet Underground, Andy Warhol, New York, The Beatles, Nirvana, Soundgarden, Alice in Chains, Elliott Smith, Montreal, Godspeed you, black emperor
  • "Mesrine: L'instinct de mort / L'ennemi public n°1" : une trajectoire française
    Quelques semaines après sa sortie en salle, j'ai finalement pu visionner les deux volets du biopic de Jean-François Richet retraçant la carrière criminelle de Jacques Mesrine, mélange de Robin des bois et de Cartouche et dont l'itinéraire personnel, de la guerre d'Algérie à l'Amérique du Nord, en passant par les tentations OAS ou Brigades Rouges, s'affirme comme le reflet des transformations silencieuses de la société française depuis les années soixante. Beaucoup a été écrit à la fois sur le film en lui-même, et sur le renouveau du mythe Mesrine en cette période de mutation structurelle d'un modèle français en pleine implosion: chanson de geste héroïque pour les uns, simple portrait de gangster pour les autres, film d'action prétexte à un numéro d'acteur pour les derniers (Vincent Cassel habitant il est vrai le rôle avec une puissance insoupçonnée), ce pari cinématographique plutôt réussi, grâce à la mise en scène nerveuse de Richet qui filme Mesrine à hauteur d'homme et parvient à dévoiler et le bon et la brute sans glorifier aucun des deux, livre avant tout un rare portrait d'une Maison France perclue de vieilles haines (la Collaboration, la guerre d'Algérie, la torture dans les QHS) et se vautrant tout aussi rapidement dans de nouvelles passions incendiaires (l'extrémisme politique ou capitaliste, l'hédonisme permanent, le culte du dire et du paraître, bref, une certaine "société du spectacle"). Jean-François Richet, bien aidé par une solide distribution d'acteurs (Depardieu en parrain fatigué, Almaric en braqueur glacial et racé, Cécile de France et Ludivine Sagnier en vamps énamourées, Lanvin en activiste gauchiste usé) et par l'interprétation écrasante de Vincent Cassel, toujours sur le fil du rasoir, s'inscrit dans la grande tradition du polar à la française (de la Nouvelle Vague à Melville), tout en insufflant une énergie très américaine dans sa façon de ne jamais laisser le spectateur souffler pendant près de 4 heures, s'autorisant même le luxe de débuter les deux parties du film par la fin, à savoir l'arrestation-exécution de Mesrine porte de Clignancourt, levant ainsi immédiatement tout doute sur le destin de son personnage. Mais, au-delà du film de gangster et de ses codes parfaitement maîtrisés, c'est beaucoup plus la description d'une France troublée et finalement intrinsèquement violente, loin des images d'Epinal passéistes régulièrement repassées par les média d'aujourd'hui lorsqu'ils traitent des années 60 et 70, qui emporte le film au-delà du simple exercice de style. Personnage complexe dans ses haines et ses amours, Mesrine incarne la transformation sociologique profonde d'un monde petit bourgeois emporté par les révolutions qu'il ne fait que voir passer (la décolonisation, la montée des factions extrémistes de gauche comme de droite, l'économie des média et de la finance, la société de consommation, les chocs pétroliers et la dés-industrialisation...). Né à Clichy, mort à "1 kilomètre à vol d'oiseau" de Clichy comme le dit lui-même le personnage, la grande aventure de Mesrine, cette épopée tant criminelle que médiatique, cette construction égotique d'un personnage de bandit d'honneur tour à tour joueur, violent et humain, finira dans la triste bordure du périphérique parisien, le corps criblé de balles comme n'importe quel le petite frappe de l'époque. La reconstitution historique de ces années 60/70 est particulièrement réussie, tant dans la description matérielle d'une société découvrant le tout consumérisme auquel Mesrine n'échappa pas que dans son environnement idéologique, rappelant le pouvoir d'opinion de la presse d'alors, ses aveuglements politiques et la naissance de cette monstrueuse passion médiatique qui assimile le fait et la nature du fait. En celà, "Mesrine" est une oeuvre plus amibitieuse qu'il n'y paraît, dépassant son statut de film de genre pour livrer en ombre chinoise le portrait d'une société-système à bout de souffle ayant généré son propre anticorps. N "Mesrine - L'Instinct de mort / L'ennemi public n°1" (2008) réalisé par Jean-François Richet, avec Vincent Cassel, Mathieu Almaric, Cécile de France, Ludivine Sagnier, Olivier Gourmet, Samuel le Bihan, ... Mots clés Technorati : Mesrine, Richet, Cassel, Amalric, années 60, années 70, Bande à Baader, Brigades rouges, gangster, société du spectacle
  • Le Single de la Semaine #22: Gimme my Pitchfork!
    Comme chaque fin d'année, Pitchfork publie le classement qui fait trembler de joie ou de crainte tout ce que la planète rock, pop, électro, indie, lofi et garage compte de jeunes pousses ou d'artistes confirmés... Devenu en l'espace de quelques années le site Internet de référence sur les courants plus confidentiels et pointus de la musique contemporaine, Pitchfork met un point d'honneur à nous gratifier en ces périodes de fêtes d'une sélection triée sur le volet des meilleurs singles et albums 2008. Classement toujours sans concession, souvent partisan et parfois polémique, le digest Pitchfork parvient toujours à passionner car, contrairement à ses homologues londoniens (NME) ou parisiens (Inrocks, Technikart, Libé & co), ce webzine san-franciscain n'oublie jamais l'auditeur et marrie avec élégance exigence artistique et plaisir des sens. En attendant la prochaine publication des meilleurs albums de l'année 2008 et l'opus qui succédera sur le podium à Panda Bear, grand vainqueur en 2007, je vous laisse explorer les mille et une trouvailles (les barrés Friendly Fires, les chimiques Crystal Castles, les studieux Vampire Weekend, les sublimes TV on the Radio, les planants Air France, l'aguicheuse Santogold, les épatants Deerhunter et Hercules & Love Affair ou encore la dernière merveille signée Portishead ou Kanye West) qui émailleront vos tracklists de Noël et découvrir le single qui marchera dans les traces du "All My Friends" de LCD Soundsystem, best single 2007... A vos écoutes, prêt, partez! NitchCork Mots clés Technorati : Pitchfork, 2008, tracklist, best music, best single, TV on the Radio, Friendly Fires, Crystal Castles, Vampire Weekend, Kanye West
  • Ex/Po ! : Emil Nolde (Galeries Nationales du Grand Palais, Paris)
    De tous les artistes qui ont bouleversé l'art pictural allemand au tournant du siècle dernier, Emil Nolde reste l'un des plus méconnus en France, faute de présence de ses oeuvres dans les musées français (les collections allemandes, danoises ou américaines conservant l'essentiel du fonds existant) et, plus sûrement encore, faute d'un attachement simpliste et exclusif de l'artiste à une quelconque école esthétique. Issu de la génération précédant l'explosion expressionniste du Blau Reiter et Die Brücke (Marc, Macke, Kirchner, Jawlenski, Feininger, Schmidt-Rottluff...), Emil Nolde (1867-1956) n'appartint jamais complètement à ces révolutions picturales rapidement happées par la tentation du dogmatisme et préféra accompagner le destin d'une patrie en pleine ébullition, de Bismarck à Hitler, cheminant par les exubérance de Weimar et les audaces du début d'un siècle appelé à enfanter le visage-Janus d'une Allemagne sidérante (au sens littéral du terme). Né dans les lueurs froides du Nord, à la frontière danoise, Emil Nolde affirma rapidement son indépendance à l'égard des courants artistiques en vogue à la fin du XIXème siècle, incapable d'enfermer son trait dans la stricte obédience symboliste ou impressionniste et cherchant autant l'inspiration chez Turner que dans l'école danoise.  Une fois fortune faite en Suisse éditant une série de cartes postales transformant habilement les monts célèbres des Alpes en esprits malicieux, Nolde revient à sa terre du Schleswig-Holstein, dévoile, dès 1901, une ambition à contre-courant dans "Mer, Atmosphère lumineuse", jouant de l'audace d'un coup de pinceau gras, du trop de matière, comme pour figer et mettre en mouvement dans le même geste une lumière indigène à la toile, capricieuse, comme inapprivoisée. Très vite, Nolde conjugue sa passion pour le dessin et la couleur avec son goût des techniques anciennes développées pendant son apprentissage du métier d'ébéniste. Ses gravures sur bois et ses aquarelles saisies à même la nature dévoilent les oscillations heideggeriennes du ciseau sur le bois, neige, pluie et vent pertubant de leur importun hasard le cours de l'oeuvre en devenir ("Arbres en Mars", "Pâturages sous la neige", 1908), rendant à la nature la responsabilité de poser le point final. Fasciné par l'animisme instinctif des légendes germaniques völkisch et bercé par le culte de l'Ur-Natur wagnérien du siècle, Nolde grave l'image des êtres surnaturels peuplant le creux du monde et cherche l'épure ("Prophète", 1912, où la puissance graphique du noir et blanc génère comme un négatif imprimé à même l'ossuaire) et la simplicité de la solution graphique ("Jeune Couple", 1913, où le détour du trait enserre une couleur sang, abondante, expansive, presque baroque).                              Compagnon de route du mouvement pictural "Die Brücke" contre la Sécession berlinoise de Max Liebermann, Emil Nolde n'entrera pourtant jamais en "religion" théorique, refusant de plier la souplesse de son trait aux rigidités arides d'un dogme esthétique et préférant cultiver l'audace de matières brutes comme l'acier travaillées à l'eau-forte, transformant le signe en manifeste politique dans "Trois Jeunes Gamins" (1908), cadrant frontalement, comme au pochoir, de jeunes garçons menaçant, les traits épais, le poing serré, posant, terreux, devant leur vie de ferraille. Cette même indépendance d'inspiration, cette même insolence pour les thèmes consacrés transfigureront les exceptionnelles oeuvres religieuses des années 1914-1915 ("Le Souverain", "Saint Siméon et les femmes", "La Vie du Christ"), aux personnages irradiés d'une lumière africaine, projetant à travers leur peau la lueur fiévreuse du souffle vital et exposant des figures grotesques, aux corps bombées affichant des sourires sexuels et des lèvres vampires ("Nus et Eunuques", 1912).                     Nolde fait de la religion une épopée de couleurs, de corps jaunis, roussis aux feux de la foi, aux visages vert acide, comme une célébration pré-colombienne primitive, où l'animalité et l'instinct l'emportent sur la piété et l'absorbent dans un grand mouvement lumineux et naïf. Nolde peint l'expansion des couleurs primaires comme seul refuge, générant de nouvelles icônes stupéfiantes et inventant en un polyptique rappelant la tradition du maître retable germanique une nouvelle orthodoxie païenne et célébrante d'émotions anciennes. Cette audace dans le traitement des thèmes bibliques feront de Nolde l'une des figures honnies de cet "art dégénéré" ("Entartete Kunst") qui sera inlassablement chassé par le régime national-socialiste dans les années 30 et rapidement vendu aux collections étrangères quand il ne sera pas simplement détruit. A l'image d'une Europe découvrant au début du siècle l'altérité esthétique dans l'art premier africain et océanien à travers les objets rituels (masques, totems, ...) ramenés des expéditions coloniales, Emil Nolde ira ressourcer son art lors d'un long périple scientifique qui le verra compagner une expédition  scientifique allemande jusqu'en Nouvelle Guinée. Nolde en tirera une nouvelle théorie de la couleur et du trait, oubliant les tonalités chaudes et pleines des toiles religieuses pour rétrécir sa palette et travailler en profondeur les éclairages, afin de rendre vie et justice aux peuples dits primitifs rencontrés pendant le voyage. Des lueurs polaires animant les portraits russes et sibériens de 1914, aux visages empourprés de froid et aux regards noirs de vide ("Paysans Russes", 1913), jusqu'aux superbes ébauches des portraits guinéens au port de tête altier ("Tête", 1913), Nolde explore une nouvelle relation au monde, directe, brute, habitée par la simple passion de peindre son environnement et de témoigner de l'existence d'un monde non européen rapidement appelé à s'éteindre. Ainsi, il écrit dans une lettre : « Tout l?enthousiasme qu?inspirent aux Européens la mission et le progrès matériel ne peuvent faire oublier le fait qu?ils sont surtout aveugles à ce qu?il y a de plus précieux (?) Les hommes primitifs vivent dans leur nature, ils ne font qu?un avec elle et sont une partie du cosmos tout entier. J?ai parfois le sentiment qu?eux seuls sont encore de véritables hommes, et nous quelque chose comme des poupées articulées, déformées, artificielles et pleines de morgue".                                                                    Mais celui qui a emprunté son nom d'artiste à son village natal (Nolde, aujourd'hui situé au Danemark) est avant tout un homme de la campagne, regardant avec méfiance et fascination le monde de la ville et les nuits de Berlin, contrairement aux expressionistes allemands (Kirchner, Feiniger) ou aux futuristes italiens. En revenant au "Heimat", Nolde met en scène les images d'une patrie intérieure, où l'esprit de ruralité des contes et des légendes rencontre des visions proches de celles de James Ensor dans des oeuvres comme "Enfant et grand oiseau" (1912), "Les Excités" (1913), improbable collision farandole de trois visages, chimère, clown lunaire et humain, aux aplats bleu, vert, citron lumineux, ou "Nadja" (1919), dressant le portrait d'une jeune fille en doux vampire, l'ovale lunaire du visage déchiré du carmin éclatant de ses lèvres-appât.           Cette rétrospective exceptionnelle s'achève sur *ne série maritime orageuse, véritable reflet des états d'âme du peintre et surtout sur les célèbres "Images non peintes" (1931-1935) de Nolde, inspirées par les aquarelles de William Blake. Nolde y donne naissance à de monstrueuses fantaisies aux tâches de couleur absorbées par le papier et où le simple trait libère et la matière et la conflagration des teintes, faisant surgir du magmas tel accouplement tabou ("Animal et Femme") ou quelque compagnonnage de revenants grimaçants et comiques ("Revenants"). Contournant ainsi l'interdiction qui lui était faite de peindre, Nolde trouve dans ces Phantasien l'évasion des voyages intérieurs : « Cette nuit, écrit-il le 6 décembre 1941, je me suis promené des heures dans un paysage merveilleux, rempli de prodiges et de splendeurs. » Ces oeuvres hors norme, témoignage d'une recherche picturale continue alors que l'artiste a plus de 65 ans, reçurent sans surprise un accueil détestable du public, résumé par la sentence qui tomba des lèvres d?Hitler , lorsqu?il découvrit certaines de ces aquarelles dans le bureau même de Goebbels : « Unmöglich ». Impossible... Impossible, c'est effectivement la conclusion qui s'impose en constatant à quel point la critique française tint dans l'ignorance le génie de Nolde, lui préférant les audaces plus immédiates d'un expresionnisme allemand codifié. Cette exposition répare ainsi l'injustice française faite à l'un des talents les plus libres du XXème siècle, convoquant la puissance esthétique d'une oeuvre sans réelle limite et exploratoire d'une certaine destinée allemande, conquérante et pourtant intérieure, lumineuse et toujours consciente des limitations inhérentes à la nature humaine. N. "Emil Nolde", du 25 Septembre au 19 Janvier 2009, Galeries Nationales du Grand Palais, Paris Mots clés Technorati : Emil Nolde, exposition, Grand Palais Paris, Die Brücke, Der Blau Reiter, Jawlenski, Kirchner, Marc, Macke, Klee, Kandinsky, Schmidt-Rottfluf, La vie du Christ
  • Ex/Po! : "Henri Cartier-Bresson / Walker Evans : Photographier l'Amérique", Fondation Cartier Bresson, Paris
    Le lieu est toujours exceptionnel. Cela faisait longtemps (depuis l'admirable exposition Saul Leiter) que nous n'étions allé à la Fondation Henri Cartier-Bresson et cette infidélité passagère fut récompensée par le plaisir infini à retrouver cette verticale maison lumineuse, prêtant ses verrières à la confrontation de deux regards gigantesques. En choisissant de célébrer le centenaire de la naissance d'Henri Cartier-Bresson en l'associant à Walker Evans, maître-photographe qu'il ne cessa de révérer, la Fondation met aussi l'accent sur ces années américaines qui furent décisives dans le choix photographique de Cartier-Bresson. « C?est l?Amérique qui m?a fait » avait-il coutume de répéter, résumant ainsi au propre et au figuré l'influence déterminante du continent américain dans sa construction artistique et professionnelle. Artistique, car c'est dans la confrontation avec l'espace américain, son instinctive brutalité sociale que le jeune Cartier-Bresson est devenu photographe. C'est aussi l'Amérique qui lui apporta en premier la reconnaissance professionnelle: ses photographies y ont été exposées dès les années 1930, à la Galerie Julien Levy de New York (1933 et 1935), puis au Museum of Modern Art en 1947, quant il faudra attendre le milieu des années 50 pour voir la France s'intéresser à son travail. Cette exposition croisée est donc d'autant plus passionnante qu'elle donne à voir l'émergence du style Cartier-Bresson, à la lumière de l'oeuvre d'un Walker Evans déjà reconnu à cette époque: plus de 80 tirages d'époque permettent de comprendre à quel point ces deux artistes majeurs ont révolutionné leur art.  Confrontation de regards ou plutôt amical compagnonnage tant l'influence de l'Américain sur le Français fut déterminante. Walker Evans (1903-1975) marcha dans les traces de tant de jeunes intellectuels Américains (Faulkner en tête), en passant une année à Paris en 1926, période de fête et d'exaltation culturelle célébrée par Hemingway. Epris de Flaubert et de Joyce, il était venu parti en France pour devenir écrivain et reviendra photographe aux Etats-Unis. Cartier-Bresson s'essaya à la peinture, au cinéma (avec Paul Strand ou Jean Renoir) avant de finalement choisir la photographie. Deux trajectoires similaires de jeunes intellectuels  plongés dans l'effervescence des années 20 et la noirceur des années 30, mais un regard différent sur le fait américain. Walker Evans vécut la crise de 1929 de l'intérieur, étant missionné par la FSA (Farm Security Administration) pour témoigner de l'état des campagnes américaines à l'heure de la Grande Dépression. Véritablement obsédé par l'idée du prédictible déclin social d'une Amérique en voie de délabrement, il livra dans les années 30 des clichés qui firent immédiatement date dans l'histoire de la photographie (dans son ouvrage "American Photographs", 1938), choisissant l'objectivité dénonciatrice d'un regard frontal et sans concession.           Doté du même esprit de libre témoignage, loin des canons de l'époque, Cartier-Bresson n'eut de cesse de rappeler combien l'oeuvre de Walker Evans, de 6 ans seulement son aîné, l'avait éduqué à la photographie (ainsi, le cliché "Girl in Fulton Street" auquel HCB ne cessa de revenir : "Sans le défi que représentait l?oeuvre de Walker Evans, je ne pense pas que je serais resté photographe"). "Véritable homme de l'oeil" (Walker Evans), HCB aiguisa son regard sur l'espace américain pour en tirer, différemment, une autre forme de critique sociale. Séjournant aux Etats-Unis en 1946-47, à l'occasion de sa rétrospective au MoMA, il partit en reportage pour Harper?s Bazaar, en compagnie de Truman Capote et John Malcolm Brinnin, découvrant l'Amérique dans son gigantisme et ses inégalités. En parlant des images américaines de Cartier-Bresson, Arthur Miller écrit : « Comme sa vision des choses est fondamentalement tragique, c?est avec une sensibilité à fleur de peau qu?il a réagi à tout ce qui lui semblait lié à la déchéance et à la souffrance de l?Amérique. »       Témoignage de premier ordre sur l'Amérique d'en-bas, sur l'univers des sans-abris, des femmes seules, des Noirs dans une Amérique blanche, les clichés américains de Cartier-Bresson sont autant de traces d'un artiste en affirmation, d'un regard en plein éveil. Regard frontal d'Evans contre regard oblique de Cartier-Bresson, description du génie des lieux contre sondage de l'humain, beaucoup sépare ces deux artiste: Evans cadre frontal, aussi bien les lieux que les hommes, il cadre brut, va à l'essentiel avec une forme d'aridité presque kantienne, intéressé par l'objet photographique en soi à une époque où l'Amérique entrait dans l'ère des mass media; Cartier-Bresson, lui, cherche le biais, les décalages, l'esprit des hommes et de l'Amérique et dévoile toujours un humanisme sensible et inquiet.Une exposition remarquable qui permet de saisir les points communs entre deux artistes qui avaient l'un pour l'autre une grande estime et surent faire évoluer leur art en observant attentivement et le monde et sa représentation dans l'oeil de l'autre.N "Henri Cartier-Bresson / Walker Evans: Photographier l'Amérique (1929-1947)", du 10 septembre au 21 décembre 2008, Fondation Henri Cartier-Bresson, 2, impasse Lebouis, 75014 Paris Mots clés Technorati : Walkers Evans, Henri Cartier-Bresson, Amérique, New York, Julien Levy, MoMA, Truman Capote, Farm Security Administration, American Photographs
  • Ex/Po! : A venir / coming soon!
    L'automne étant chargé professionnellement, il m'est difficile de suivre de publier au rythme endiablé de la saison culturelle parisienne... Afin de reprendre de bonnes habitudes et de commenter en temps réel les expositions en cours, voici donc un billet pour annoncer les expositions qui seront commentées (time permitting!) dans les jours prochains sur Next Exit Please... Photographie : - Exposition "Walker Evans / Henri Cartier Bresson : Photographier l'Amérique", Fondation Henri Cartier Bresson, Paris- Exposition "Objectivité(s): la photographie à Düsseldorf", Musée d'Art Moderne, Paris- Un rapide retour sur le Salon "Paris Photo 2008", Carrousel du Louvre, Paris Art pictural : - Exposition "Emil Nolde", Grand Palais, Paris- Exposition "Van Dyck", Musée Jacquemart-André, Paris         Allez, retournons à mon clavier :-) ! N Mots clés Technorati : expositions, Paris, culture, Walker Evans, Cartier-Bresson, photographie, Düsseldorf, Gursky, Becher, Struth, Ruff, Esser, Paris Photo 2008, Emil Nolde, Van Dyck
  • Le Single de la semaine #21: Synth is back (again!)
    Konbawa!Ainsi, le miracle Obama ne parvient pas à éclipser l'ambiance grisâtre d'un automne 2008 mâtinée de crise financière? Qu'importe! Dans ces situations comme dans beaucoup d'autres, un remède emporte tout sur son passage, un bon single survitaminé au synthétiseur comme en ces heures insouciantes et bruckheimeriennes des années Reagan, où le drapeau américain flottait au vent comme figée dans le reflet épais et nécessairement bleuté des RayBan de Tom "Maverick" Cruise... - Le (old) single : The Killers, "Smile Like You Mean It" sur l'album "Hot Fuss" (2004) Rendons aux Killers ce qui revient aux Killers! La réintroduction du synthétiseur nappé de guitares rock fut la marque de fabrique de leur premier album magistral. Ce "Hot Fuss" impressionna par sa noirceur sautillante et sa capacité à moderniser un rock eighties empruntant autant à Duran Duran, Pet Shop Boys ou David Bowie période US qu'aux constructions en rupture de The Smiths ou The Cure. Si les titres "Somebody Told Me", "Mr Brightside" ou "Jenny was a Friend of Mine" devinrent rapidement des hymnes de l'année 2004, d'autres tracks de l'album méritaient tout autant l'attention. Ainsi, "Smile Like You Mean It", fausse livrée rock poudrée d'ironie glaçante annonçait véritablement le virage pris sur le deuxième album "Sam's Town", à savoir une approche plus directement pop et parfois baroque dans ses arrangements synthétiques ("Read My Mind", "Bones", "Why Do I Keep Counting"), où l'influence de Queen prédomine (comme chez nombre de groupes pop-rock depuis 2004, Panic at the Disco en tête) dans l'écriture et la part belle faite aux choeurs et aux ruptures de rythme. Brandon Flowers, chanteur-leader du groupe, joue de sa voix pour se faire glamour ou distant, tandis que le reste du groupe s'amuse à sonner tantôt comme U2 (pour les guitares), tantôt comme Depeche Mode ou INXS... Désinvolte mais sans illusion (Save some face, you know you've only got one / Change your ways while you're young), le single déploie une parfaite mécanique eighties qui parvient toujours à s'interrompre au moment même où elle risquerait de ne plus devenir qu'une caricature et finalement réussir à marier l'énergie sans lendemain des années 80s avec la mélancolie aiguë des années 90s. Sautant à cloche-pied dans des influences contraires, The Killers incarnent cette nouvelle génération musicale des années 2005 and co: pillant sans vergogne les anciens mais sachant qu'elle sera elle-même dépouillée par la génération MySpace, elle retrouve, par moment, la candeur gracieuse de ceux qui pensent mettre à jour quelque chose de complètement nouveau. - Le (new) single : The Virgins, "Teen Lovers" sur l'album "The Virgins" (2008) New York n'en finit définitement pas de se réinventer, passant en moins de 10 ans de la révolution rock des Strokes au renouveau post-punk des Ponys, sans oublier de cultiver sa noire élégance glacée avec Interpol. Et de remettre au goût du jour aujourd'hui un glam-rock sexy et effronté, dopé aux acides de synthèse. Etonnante boucle historique qui ramène 30 ans en arrière à l'ère des groupes à maquillage et des pantalons en cuir moulant. The Virgins, dernière groupe-météorite expulsé des entrailles de Big Apple, a tout bien lu son abrégé du glam-rock en 10 leçons et a même suivi son premier semestre de synthé illustré... Il s'ensuit un album de glamourous indie rock n' roll (pour reprendre le titre d'un morceau des... Killers), où les basses élastiques, les rythmiques funky et les lignes de synthé s'associent pour sonner comme un cousin urbain dégrossi de Kings Of Leon métissé d'influences new-yorkaises (The Strokes mais en version dansante)... Bref, la version NYC d'un Franz Ferdinand, qui aurait grandi non pas abreuvé des Beatles et Gang of Four mais nourri au grain de Talking Heads et The Rapture. Après un premier single funky bling-bling ("Rich Girls") répété à l'infini sur les radios indie, l'album dévoile heureusement autre chose qu'une collection de titres élaborés avec les mêmes ingrédients et montre que les membres du groupe n'ont pas oublié de lire aussi leurs classiques (Velvet Underground, Patti Smith, pour qui ils ont oeuvré en première partie, ...) sur des titres comme "Love is Colder Than Death" (merci Fassbinder!) ou "Fernando Pando". Toutefois, c'est dans le registre pop-rock bubble-gum et déluré que les new-yorkais excellent. Preuve en est ce "Teen Lovers" d'à peine 2 minutes gonflé aux hormones adolescentes et qui sonne exactement comme un one hit wonder des années 80's et qui ne manquera pas de séduire la génération Y avant qu'elle ne passe à autre chose la semaine prochaine... Ca balance, comme on disait en 1982... Sayonara, The Nicos Mots clés Technorati : The Killers, Brandon Flowers, Smile Like You Mean It, Hot Fuss, Duran Duran, The Smiths, The Virgins, The Strokes, Tlaking Heads, Velvet Underground, New York, années 80

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